A toi, ma tornade.

Je l’ai répété tant de fois que ton arrivée a été un véritable ouragan dans ma vie, dans nos vies… Moi qui imaginait naïvement qu’un bébé ça n’était pas si compliqué, que ça dormait beaucoup, que ça faisait ses nuits à 3 mois. Moi qui était, alors, si loin de savoir ce qu’était l’éducation bienveillante, le maternage… J’y suis entrée par la force des choses, par ta force. Toi… bébé si exigeant, bébé si différent. Tu dormais si peu… si mal. C’est par instinct de survie que tu as dormi avec moi et parce qu’à la maternité, une sage-femme en or, me voyant épuisée alors que tu n’avais que quelques heures m’a dit “dormez avec lui”. Le partage de notre sommeil aura duré cinq ans. Cinq années que je ne regrette pas. Tu en avais besoin, et j’imagine que moi aussi.

Et puis… il y a eu l’alimentation qui a été compliquée aussi… Ces longs mois durant lesquels je me battais pour que tu ingurgites ne serait-ce qu’un yaourt ou une compote. Ces années où notre allaitement long t’a clairement sauvé. Désormais, cela va mieux. Tu es loin de manger de tout, tu es loin d’avoir une alimentation équilibrée et diversifiée autant que je le souhaiterais… Mais quand je regarde en arrière, je vois l’immense changement, je réalise à quel point tu as avancé. A ton rythme, c’est tout.

Ca n’a jamais été vraiment facile avec toi. J’ai vite, très vite pris conscience que ton hypersensibilité ne serait pas aisée à gérer… petit enfant intense. Depuis que tu as quatre ans, j’ai l’impression que c’est si dur… si dur. A côté le fameux terrible two, c’est du pipi de chat. Franchement. Il y a des accalmies, et puis il y a ces moments où on s’abîme. On se blesse. On ne s’entend ni ne se comprend. Tu n’imagines pas à quel point c’est souffrant d’être ta maman dans ces instants. Parce que ma bienveillance me quitte, parce que je hais la maman que je suis, parce que parfois je t’en veux aussi… injustement.

Injustement, car toi, je crois que tu ne demandes qu’à pouvoir être toi. Petit atypique de 5 ans… qui a besoin de temps. Ce temps, je ne suis pas toujours capable de te l’accorder. Par pression sociale… par héritage éducatif peut-être un peu aussi. Parce que je suis épuisée, aussi sûrement.

Les diagnostics posés m’ont momentanément rassurée. Maintenant, ils m’angoissent. Comment vais-je parvenir à t’accompagner pour que tu puisses devenir un adulte épanoui dans cette société qui veut tellement faire entrer ses citoyens dans des cases ? Alors, c’est vrai, au quotidien je me sens dépassée, alors l’aide extérieure que je peux trouver n’est pas superflue. En même temps, les prises en charge dont tu bénéficies t’ennuies déjà alors que cela ne fait pas quatre petits mois que tu as commencé. Tu en as déjà marre et moi, je me demande pourquoi je t’impose cela. Pourquoi je me sens obligée de corriger en toi ce qui fonctionne moins bien ou différemment ?… Est-ce si grave si tu écris mal ou que l’envie d’écrire te prend tard ? Est-ce si grave si tu as un radar à 360° et que tu te déconcentres facilement ? Tu es encore petit… J’ai fait le choix de l’instruction en famille, justement pour te laisser le temps et la possibilité d’être libre, mais je réalise que je plie sous la pression. La peur des inspections, la peur du jugement, le poids des comparaisons… C’est tellement loin de ce que je souhaite pour toi.

Parce que oui, ton attention est volatile, oui ton besoin de bouger est envahissant, mais à côté de cela tu as l’esprit aiguisé et une manière de penser bien à toi. Tu as tellement d’autres qualités. Émotionnellement, ce n’est pas simple, mais tu y arriveras, je le sais. J’aimerais seulement que tu puisses ne pas tout refouler à l’intérieur de toi comme je le fais depuis toujours. C’est dur d’accueillir tes explosions et j’aimerais que tu parviennes à gérer cela… En même temps, je me sens si exigeante envers toi. Tu vas chez l’orthoptiste pour corriger tes troubles neuro-visuels, et puis chez la psychomotricienne pour travailler ton graphisme et tes capacités d’attention… et puis, moi, je te demande aussi de contrôler tes débordements émotionnels… C’est sans doute beaucoup pour un enfant de cinq ans, non ?

J’ai un peu le spleen ces temps-ci, avec souvent l’envie de tout arrêter et de te laisser vivre. J’ai même envie de tout plaquer et de partir vivre en pleine nature au milieu de nulle part, où les gens ne nous lanceraient plus des regards en coin, des soupirs excédés car tu parles beaucoup (trop à leur goût) ou que tu poses trop de questions. Un endroit où tu pourrais courir et faire du bruit librement. Un lieu où tes particularités seraient des forces et non des handicaps. Ce n’est pas que je n’aime pas notre maison ou l’endroit où nous vivons. J’adore notre petit cocon, même s’il est loin de mes rêves d’il y a dix ans. C’est juste que je n’ai toujours pas trouvé le lieu où je me sente à ma place, où je nous sente à notre place. Peut-être qu’on ne le trouvera jamais et qu’on devra toujours s’adapter. Je n’en sais rien. Toujours est-il que je regrette parfois d’avoir fait poser ces étiquettes sur toi, car face à cette réalité, je me sens entravée et je culpabilise de t’imposer des prises en charge. Pourtant, je sais combien c’est important pour ta construction de pouvoir mettre des mots sur ces différences qui font celui que tu es, mais tout ce que cela implique est difficile à porter, vraiment.

C’est tout décousu ce que je t’écris. En fait, je crois que j’avais juste besoin de mettre des mots sur notre quotidien qui n’est pas un long fleuve tranquille. Tu es ma tornade et tu es extraordinaire. Tu es unique et parfois j’oublie à quel point tes qualités sont précieuses. Engluée dans le quotidien, il y a des jours où je ne finis que par voir ce qui ne va pas. C’est injuste. Oui c’est dur, mais pas tout le temps. Et ça, je ne dois jamais l’oublier. Tu grandis vite, trop vite. J’espère que tu deviendras un adulte moins bancal que moi, j’espère que tu me pardonneras mes maladresses et ces périodes moroses où je suis loin d’être la maman que je voudrais. Je ne veux pas passer à côté de toi. Ça non.

Je t’aime mon fils, ma tornade… petit être unique et extraordinaire. Je t’aime aussi imparfaitement que celle que je suis. Mais je t’aime infiniment.

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Maud

Maman multi-casquettes, un brin écolo et pratiquant l'instruction en famille. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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3 thoughts on “A toi, ma tornade.

  1. Je comprends tes interrogations…personnellement je pense que les démarches entamées avec ton fils même si elles sont laborieuses au début devraient lui permettre à terme de s’épanouir plus sereinement. En tout cas d’avoir le choix de quelle vie en société à petite, moyenne ou grande échelle il a envie.
    Je vous souhaite plein de courage et de tendresse dans votre aventure familiale.

A vous !

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