Cette mère que je déteste.

Il y a au fond de moi une mère que je déteste. Une mère contre laquelle je lutte. Une mère qui représente l’opposé de celle que j’essaie d’être. Cette mère que je déteste et qui est en train de prendre ma place. Une mère qui perd patience, une mère qui crie, une mère paumée. Epuisée. Je pourrais bien attribuer tout ça à la grossesse, mais ce serait me trouver une excuse. Certes, la grossesse, et tout ce qui en découle, accentue les choses… Mais, ce serait me voiler la face que de me dire que c’est à cause de mon état. Non. Je pense que je vis un épuisement général, teinté de doutes profonds et d’un grand manque d’estime pour la personne que je suis. Je subis les conséquences de tous ces mois, de ces trois dernières années à me négliger, à ne pas écouter mon corps, à poser un linge sur mes besoins.

Je suis en train de devenir une boule d’émotions désordonnées sur patte. Je ne parviens ni à les gérer, ni à les identifier… donc encore moins à les comprendre et les écouter. Je suis comme ce petit garçon qui me fait sortir de mes gonds. J’ai trois ans. Je suis submergée. Alors, je deviens cette mère que je déteste, celle-là même contre laquelle je lutte. Je déteste tellement me voir crier, souffler, m’agacer… Je déteste ne pas parvenir à prendre du recul pour trouver une solution qui éviterait que tout le monde finisse les nerfs en pelote. Je me sens dépassée.

J’ai souvent l’impression d’être désemparée face aux réactions de mon Girafon. Mais finalement, je crois que je suis dépassée par moi-même. Si je n’ai aucune bienveillance envers celle que je suis, comment en avoir sereinement pour l’être que j’ai mis au monde et pour l’homme avec qui je vis? Si je ne suis jamais à l’écoute de mes propres besoins, si je délaisse mes émotions… comment comprendre les leurs?

La grossesse aura au moins eu le mérite de m’ouvrir les yeux sur cet épuisement que je traîne tel un boulet. Je ne sais pas encore si j’aurais l’énergie (le courage?) de saisir ce problème à pleines mains pour m’en sortir avant l’arrivée de bébé 2… Mais, une chose est certaine, il faut que j’amorce, au moins, le changement. Sinon, quelle mère vais-je devenir quand j’aurais deux enfants à élever? Deux tout-petits avec leurs besoins propres et différents? Je doute énormément de mes capacités à réussir à élever deux enfants alors que je suis parvenue à bout de force avec un seul… Il faut que je me recentre. Il faut que je prenne conscience de l’importance de ME considérer.

Si mon irritabilité ne disparaîtra pas du jour au lendemain, je ne veux pas continuer d’être cette mère que je déteste. Je ne veux pas continuer d’être cette femme paumée, qui avance par nécessité. Je vais me bouger. Je vais me faire aider si besoin. Mais je ne veux plus être ainsi. Il faut que je retrouve mon positivisme. Il faut que je retrouve cette sensation de joie quand j’ouvre les yeux le matin. Il faut que la morosité qui m’anime fasse ses valises.

Ce ne sera certainement pas simple. J’imagine. Mais c’est vital.

(Illustration de Korriganne)

Maud
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15 thoughts on “Cette mère que je déteste.

  1. Peut être avons nous toutes (plus ou moins) au fond de nous cette mére que l’on deteste. Notre part d’ombre. Par moment, elle prend plus de place, lorsqu’il y a des moments difficiles. Mais finalement, peut être que cette mere que l’on desteste est là pour nous montrer le chemin (dans le sens ou elle nous permet de prendre conscience de notre limite, de nos besoins et éventuellement elle nous montre ce sur quoi nous devons travailler)? Et si on essayait de la prendre par la main cette mere que l’on deteste? Si on la sortait de l’ombre? Si on arrêtait de lui scotcher la bouche et qu’on la serrait fort dans nos bras? <3

  2. Chemin amorcé ici mais encore en cours… Le premier pas est la prise de conscience et l’envie d’aller mieux. Le second est de trouver l’aide qui nous convienne et se lancer ! Pas facile alors bon courage à vous, ça vaut le coup !

  3. Si tu savais … moi aussi j’ai cette sorte de mère en moi que je déteste. Depuis plusieurs mois, ça va mieux, même si je crie toujours, et que je m’agace trop souvent, je ne saurais dire pourquoi ça va mieux. En tout cas, avec ma grande, je pétais les plombs beaucoup trop souvent. Tout dépend du caractère de l’enfant. Ma deuz est et à toujours été super cool comparé à ma grande, du coup ça m’a peut-être un peu aidé ? Je te souhaite d’arriver à gérer, contrôler cette mère en toi. Tu n’es pas seule. Pleins de courage et de câlins <3

  4. Comme je te comprend…. je ne m’aime pas non plus lorsque je perd patience et que je crie…. c’est affreux, je culpabilise beaucoup. Avec 4 enfants c’est pas toujours simple!
    On ne sera jamais des mères parfaites mais on fait de notre mieux ! Bon courage !
    Ps: ce qui m’aide c’est d’assister à des conférences de parentalité positive, ça remet les idées en place et déculpabilise beaucoup, lire les blogs pleins de bons conseils et de voir que finalement on est toutes plus ou moins pareilles avec nos hauts et bas, coups de fatigue et coups de boost! !! Bon courage et bonne grossesse

  5. Je te souhaite le meilleur, et sois indulgente, parfois certains jours sont durs et puis le lendemain…ca va mieux…

  6. Chère maman mamouth, je t’envoie un câlin virtuel, pour toi et aussi pour la mère que tu détestes. Elle est là pour mieux te protéger. <3

  7. Bonjour,
    Quelle émotion en vous lisant.
    Il est certain que nous traversons des moments où l’on ne se reconnaît plus. Se faire suivre c’est une bonne idée aller aussi à des réunions de mamans qui traversent aussi ces moments douloureux.
    Je te souhaite bon courage. Cordialement

  8. J’ai longtemps eu le même genre d’idées, de pensées, la frustration de ne pas être la mère que je voulais. Cette colère sourde m’a poussé à faire quelque chose, à me battre, comme tu le dis aussi. Certaines conséquences ont été enrichissantes, d’autre moins.
    Aujourd’hui, quelques années plus tard, je me sens bien mieux. Et finalement, ce qui m’a le plus aidé n’a pas été de me battre contre moi-même, mais de regarder cette colère en face et de comprendre ce qu’elle exprimait vraiment et tout ce qu’il y avait derrière (l’amour de mes enfants, de la peur, etc).
    C’est l’hypnose qui m’a permis de changer mon regard sur moi, et je pense qu’il existe bien d’autres façons de faire aussi, et parfois ça peut être beaucoup plus simple et beaucoup plus rapide qu’on le pense.
    Une première piste qui pourrait te parler : si tu remplaces les « Il faut » par des « Je peux » qu’est-ce que ça change ?
    Bises

    1. Je pense que j’aurais besoin de me faire accompagner… Je traine des choses depuis des années, qui n’ont pour certaines, finalement rien à voir avec la maternité… Mais, il faut croire que beaucoup de choses ont été réveillées par le fait d’être devenue maman. Et je suis moi aussi envahie d’une grande colère, dont je cible mal l’origine (ou les origines).

      Ce que tu me dis avec le remplacement de « il faut » par « je peux » est tellement plein de sens… Il faut que je m’y penche, que j’essaie.

      Merci pour ton commentaire :-*

  9. oh comme ton article me parle, je suis en plein cheminement de mon côté, car moi aussi je me suis rendue que j’avais besoin de rallumer la flamme qui est en moi, celle qui me fait avoir une pêche d’enfer et véhiculer du positif autour de moi… Et je me fais aider car seule ça n’est pas possible ! au plaisir d’en discuter avec toi ma belle, je t’envoie d’énormes chaudoudoux !!!!

A vous !

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