L’hypersensibilité, c’est un peu comme l’hyperactivité… On en entend beaucoup parler, ce sont deux mots qu’on emploie un peu à tout va. Les enfants qui sont très dynamiques, qui bougent beaucoup ne sont pas tous hyperactifs… je dirais même qu’au final, ceux qui le sont réellement représentent un faible pourcentage. Et bien, c’est pareil pour l’hypersensibilité… la plupart des personnes très sensibles, ne sont pas pour autant hypersensibles. Je ne prétends pas connaître la vérité absolue, et je serais bien incapable de définir clairement l’hypersensibilité… Mais j’avais envie de vous en parler au travers de moi.

L’hypersensibilité m’accompagne depuis ma tendre enfance. Mais, j’ai toujours essayé de gommer cette petite différence. J’ai toujours fait avec, je m’en suis accommodée, mais finalement, sans jamais réellement tenter de la comprendre et de l’apprivoiser. Cependant, de part le parcours que nous suivons tranquillement pour Petit Girafon, elle me saute en plein visage. Déjà, depuis ma première grossesse, je la sens plus présente, plus oppressante… tout simplement car jusque là j’essayais de l’étouffer et de changer ce que je suis, pour entrer d’avantage de le “cadre”. Sauf que c’est impossible, et aujourd’hui, j’ai choisi d’écouter cette hypersensibilité, d’apprendre à la décrypter et ainsi pouvoir faire la paix avec moi-même et avec certains moments passés.

Je vais donc vous parler de MON hypersensibilité, de la manière dont ça se manifeste chez moi. Il y a des traits communs à tous les hypersensibles, mais des subtilités extrêmement différentes d’une personne à l’autre. La première chose que j’ai envie de dire, c’est qu’il est très réducteur, par exemple, de qualifier d’hypersensible, quelqu’un qui pleure facilement. Je suis hypersensible et je pleure difficilement. Non pas que je suis sans coeur… mais j’intériorise mes chagrins. Au décès de mon grand-père, il y a 10 ans, par exemple, il m’a fallu beaucoup de temps pour pleurer. J’étais bien évidemment très triste de sa mort… mais j’étais encore plus peinée par la tristesse des autres, et c’est ça qui m’a fait pleurer. Quand j’ai vu mon père pleurer, je n’ai plus pu m’arrêter ensuite. Et d’une manière générale, c’est souvent ainsi… la peine des autres me fait pleurer et m’emplit d’un chagrin incommensurable… et il m’est très difficile de contrôler ce déluge de tristesse… Je suis tellement triste de voir les autres tristes… En réalité, c’est comme si je voulais porter leur peine. Et c’est, pour moi, valable pour beaucoup d’émotions d’autrui, j’aimerais pouvoir les porter à leur place. Du coup, je suis comme une éponge qui absorbe tout et je me retrouve en surcharge d’émotions, qui souvent ne m’appartiennent pas. Et pour en revenir aux pleurs, je peux restée totalement impassible devant un film triste, comme pleurer toutes les larmes de mon corps devant Shrek… Beaucoup de paramètres jouent : le contexte, mon moral, avec qui je regarde etc. Donc, une personne qui pleure facilement n’est pas forcément hypersensible, tout autant qu’un hypersensible ne pleure pas forcément facilement.

Ensuite, ce qui caractérise de nombreux hypersensibles, c’est une sensibilité sensorielle accrue. Pour certains, cela va se concentrer sur un ou deux sens… pour d’autres, comme mon Girafon, c’est tous les sens qui sont, sans cesse en éveil maximum… comme si son corps n’était que petites spores ouvertes qui absorbent tout ce que l’environnement offre (de plaisant, comme de moins plaisant). Mais, comme c’est encore un enfant, cela évoluera certainement. De mon côté, j’ai une sensibilité toute particulière au bruit et aux odeurs. Comme tout le monde, je ne peux pas toucher certaines matières, et je suis sensibles à la lumière (les phrases la nuit par exemple)… mais ça n’est pas trop handicapant au quotidien. Mon hypersensibilité aux odeurs est plutôt gérable, tant que j’évite les parfumeries et les produits d’entretien agressifs (qui me font suffoquer), et que je n’entre pas dans la salle de bain quand Papa Girafe vient de s’asperger de déo et de parfum ^^ En revanche, mon intolérance au bruit peut vite poser souci… J’ai toujours travaillé avec des enfants, et c’est ce que j’aime, sinon je ne passerais pas mon temps H24 avec les miens je crois… Je parviens à contrôler certains paramètres. Ce qui m’est insupportable, c’est l’accumulation de bruits. Papa Girafe n’est absolument pas dérangé s’il y a la TV allumé et qu’il regarde en même temps une video sur youtube avec le son à fond, et les enfants qui crient derrière. Pour moi c’est juste insupportable! Je dois éteindre une source de bruit, ou alors quitter la pièce sous peine de perdre totalement pied et d’exploser. Je peux très bien écouter la musique fort… mais à certaines conditions : pas trop longtemps et avec un son de qualité. Je ne supporte pas, par exemple, d’écouter de la musique via un smartphone… le son est beaucoup trop criard… Les sons aigus me transpercent les oreilles, je ne peux pas le décrire autrement, ça en devient douloureux. Je peux tout à fait aller à un concert, j’ai fait beaucoup de festivals aussi… mais j’ai besoin derrière de temps de repos, de silence pour m’en remettre. Mais j’ai déjà assisté à des concerts mal sonorisés, et cela a été une réelle torture pour mes oreilles, si bien que j’ai vite acheté des bouchons pour atténuer le son. Cette hypersensibilité au bruit est, pour moi, la plus compliquée à gérer au quotidien. Je n’aime pas particulièrement le silence, je peux difficilement vivre sans musique… mais j’aime avoir le contrôle sur le bruit qui m’entoure. Sinon, ça peut vite me faire exploser. Donc … je vous laisse imaginer avec des enfants… j’apprends à perdre le contrôle et à trouver des stratagèmes d’adaptation sans cesse.

Mon hypersensibilité se traduit également au quotidien, par une grande fatigue. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été fatiguée, même enfant. Pourtant, j’ai toujours beaucoup dormi.. avant d’avoir mes enfants on s’entend ^^ J’étais une couche-tôt, lève-tôt. Mais, je dormais toujours une dizaine d’heures. Pourtant la fatigue m’accompagne depuis toujours. Je pense que je n’ai pas un sommeil très réparateur, il est très parasité par mon cerveau qui a du mal à se mettre en pause… Mais, plus je chemine et plus je réalise que cette fatigue vient aussi des efforts constants d’adaptation que je fais au quotidien. Parce que j’ai un réel sentiment de décalage. Je suis quelqu’un de sociable, j’aime être en compagnie des gens. Mais pas tout le temps, pas en toutes circonstances. Et c’est là que ça se corse un peu. Je suis tout à fait à l’aise quand je maîtrise certains paramètres : le lieu, les gens qui seront là par exemple. Ca va moins bien, quand les contraintes s’ajoutent… si je vais dans un lieu que je ne connais pas, avec des étrangers et mes enfants… ma tension intérieure va être à son maximum, car je vais me mettre à anticiper toutes les difficultés auxquelles nous pourrions être confrontés. Forcément, ce mécanisme là s’est énormément accentué depuis que je suis maman, car je dois aussi prendre en compte mes enfants… un paramètre humain, donc imprévisible (ajoutons à cela l’hypersensibilité de Petit Girafon…). Quand j’étais jeune, je détestais, quand on était de mariage, qu’on m’installe à la table des enfants ou des ados. Vraiment, ça m’angoissait. Je ne voyais pas ce que faisais là, forcée d’y être, avec des enfants/ados que je ne connaissais pas, à qui je n’avais pas forcément envie de parler. Je me débrouillais toujours pour fuir la table, aller avec mes parents, ou rester avec mes petits frères, prétextant souvent que je les surveillais, pour ne pas avoir à m’intégrer à ma propre table. Et bien, devenue adulte, ça n’a pas beaucoup changé. Quand je suis projetée dans un groupe, j’ai besoin d’abord d’observer, et le plus souvent ça n’est pas moi qui vais aller vers les autres. J’attends qu’on vienne me solliciter, ensuite, en général ça me débloque et je suis une personne très sociable, joviale et tout ce qui va avec. Mais, si on vient me solliciter alors que je n’ai pas eu suffisamment de temps pour m’imprégner de l’environnement, il est possible que j’ai une réaction un peu surprenante, une réponse un peu étrange. Ca me rappelle notre dernier pique-nique “non sco”… je m’étais installée sur une couverture avec ma Little Marmotte et j’observais de loin mon Girafon. J’étais près du groupe de parents, sans être dedans. On est venu me proposer de me rapprocher et tout ce que j’ai trouvé à répondre c’est : “Je profite que ma fille soit un peu calme pour rester assise avec elle”. Une réponse totalement en décalage avec la question posée… et je l’ai su tout de suite que j’avais répondu à côté de la plaque, au “euh ok” de mon interlocutrice. Mais je n’y pouvais rien, je ne me sentais pas encore assez secure dans cet environnement. C’est une situation que je vis très souvent. Quand on va au parc, tout va bien tant qu’il n’y a pas trop de monde, ou que je connais les personnes qui sont avec nous. Ca se complique, pour moi, quand je ne connais personne et qu’il y a foule. J’anticipe trop ce qui pourrait mal se passer, je me sens oppressée, je redoute le regard des autres… C’est même plus complexe que ça, mais je suis incapable de décrire autrement ma tension intérieure dans ces moments-là. Pour autant, je n’évite absolument pas les gens. J’essaie seulement de faire au mieux avec la façon dont je fonctionne… et si je suis très sollicitée socialement, j’aurais besoin de “repos” ensuite, de quelques jours à la maison, dans notre cocon, pour me ressourcer et être prête à passer de nouveaux moments en groupe. Mais je le répète, j’aime voir du monde, j’aime passer du temps avec des ami(e)s, avec des mamans… Je ne suis pas du tout quelqu’un de sauvage, qui reste dans son coin… J’ai juste besoin d’un petit temps d’observation et d’adaptation, quand trop de paramètres qui m’insécurisent sont rassemblés.

Autre chose qui me caractérise, c’est cette sensation de décalage. Je l’ai ressenti très tôt, sans trop pouvoir l’expliquer. Encore aujourd’hui, je me sens souvent en décalage, avec les autres, avec mon environnement… c’est très difficile à écrire ou à verbaliser, car j’identifie difficilement le pourquoi du comment. Parfois ça va se traduire par un comportement totalement à côté de la plaque, par un repli, par la fuite, par du désintérêt (pour un sujet, une conversation par exemple) ou par un effort énorme de suradaptation pour tenter de coller à ce qu’on attend de moi à cet instant précis. Je me débrouille plutôt bien pour ça, mais ça accentue ma fatigue derrière.

Enfin, je vais parler d’une façon plus générale avec un terme que je n’ai pas utiliser jusque là : surstimulation. Parce que ce qui fait que les hypersensibles ont parfois (ou souvent?) des réactions surprenantes, parfois inadaptées, c’est qu’ils se retrouvent vite en état de surstimulation. Comme un bébé qui ne trouverait pas son sommeil car il a reçu trop d’informations et qu’il est incapable de les traiter. Les hypersensibles, c’est pareil. On se retrouve vite surstimulé, par l’environnement le plus souvent, et on devient incapables de rationaliser, de traiter ce trop-plein d’informations. Ca peut nous envahir et les réactions de chacun dans ces cas-là peuvent être très déroutantes. Personnellement, je ressens le besoin de m’isoler un peu, pour me recentrer et mieux analyser ce qui me dérange. Parfois, c’est juste un bruit de fond qui vient me parasiter, un courant d’air, le parfum d’une personne. Il suffit de pas grand chose, et la majorité du temps, j’ai le pouvoir d’agir dessus, ce qui me permet de poursuivre sereinement. Mais, si je ne m’octroie pas ce temps de repos, ma tension intérieure va aller en s’intensifiant et c’est là que je peux dégoupiller.

Bref. Je crois que j’ai beaucoup écrit! Je ne sais pas si j’ai toujours été très claire, j’ai suivi ma pensée… mais qui n’est pas toujours très linéaire. Il m’aura fallu 28 ans pour accepter que cette hypersensibilité fait partie de moi et que cela ne sert à rien de la renier ou de me dénigrer car j’ai des réactions parfois bizarres. J’ai pris le parti d’enfin essayer de mieux me comprendre. C’est pour moi la clé. Si je comprends comment je fonctionne, ce qui me rassure, ce qui, au contraire, me met dans l’inconfort, je peux alors essayer de mettre en oeuvre des choses pour que tout se passe au mieux. Et, m’accepter ainsi, me permet aussi, petit à petit, de me libérer de ma culpabilité.

Je me livre beaucoup dans cet article… Mais je crois que j’avais aussi besoin de poser des mots sur tout ça. Bravo si vous m’avez lue jusqu’à la fin ^^

Maud
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Maud

Maman blogueuse pro allaitement, maternage et éducation positive, pratiquant l'instruction en famille. Rédactrice web et traductrice. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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