Les dessous de ma césarienne

Cet article, ça fait des semaines que je veux le publier… mais je l’écris, je l’efface. Je n’ose pas. Pourquoi? Parce que j’ai peur. J’ai peur de passer pour celle qui accorde trop d’importance à une “simple” césarienne. Mais pourtant, il y a un truc qui ne me quitte plus depuis mon accouchement. Je n’arrive toujours pas à dire “j’ai accouché”. Je dis plutôt “ma fille est née”. Comme si je portais en moi une sorte d’illégitimité. C’est idiot je sais, mais je n’y peux rien, ça s’accroche à moi comme un pou. Il y a quelques jours, je suis tombée sur CET ARTICLE. Il m’a bouleversée. Ca résonnait tellement en moi. Et là, je me suis dit qu’il serait peut-être temps que les mots (maux?) sortent.

Je pensais avoir plutôt bien vécu cette césarienne. Mais y a eu comme un effet kiss kool. Quelques jours après mon retour à la maison, j’ai commencé à ressentir un malaise à l’évocation de mon accouchement et un profond malêtre à lire les récits d’accouchements d’autres mamans ayant accouché par voie basse, sans péridurale, parfois même chez elles. Un sentiment de culpabilité est venu se coller à moi. Pourtant, je sais bien que ce n’est de ma faute, qu’il n’y avait plus d’autre solution que cette césarienne. Continuer à essayer encore et encore aurait pu nous mettre en danger elle et moi. J’en suis consciente, et les sage-femmes m’ont répété tellement de fois que j’ai été courageuse, que ça n’était pas de ma faute. Pourtant, la culpabilité s’accroche.

Jusqu’au bout je pensais qu’on arriverait à lui faire mettre sa tête correctement. J’ai pensé qu’aller au bloc n’était qu’une formalité au cas où, mais que tout avait si bien commencé, qu’on y arriverait. Mais non. J’ai gardé le sourire jusqu’au bout. J’ai eu de la chance car on m’a donné ma fille tout de suite, car on a respecté mon choix de la faire patienter (3h quand même…) pour que je puisse la faire téter. J’ai été bien accompagnée et entourée par les différentes équipes à la maternité. Mais, je n’étais pas préparée aux suites de la césarienne… A ne pas pouvoir bouger du tout la première nuit et donc à manipuler tellement gauchement ma fille… ne pas pouvoir la coucher ailleurs que sur moi… Je n’ai pas pu lui changer sa première couche, ni lui donner son premier bain. C’est une auxiliaire qui s’en est occupé. Pendant plusieurs jours, si je la couchais dans son berceau, j’étais ensuite incapable de l’en extraire car je souffrais trop. Et pourtant, je refusais les anti douleurs plus fort que paracétamol et parfois un peu d’ibuprofène. Je n’étais pas préparée non plus à devoir rester 5 jours… Cinq longs jours dans cette chambre. Seule la plupart du temps. Enfin, seule avec ma Marmotte si calme, si douce. Cinq jours loin de mon Girafon.

Aujourd’hui, deux mois et demi après cette césarienne… j’ai cette cicatrice que personne ne voit mais que moi, je vois chaque fois que je m’habille. Cette grande bouche par laquelle on a extrait ma toute petite. Cette blessure qui me fait encore mal et qui marquera mon corps à vie.

Il me faudra encore du temps pour la digérer, pour l’intégrer et l’accepter. Car finalement, plus que l’acceptation de cet accouchement chamboulé, c’est finalement le deuil de l’accouchement dont je rêvais qu’il faut que je fasse. Et cela ne se fera pas en un claquement de doigts. Un jour, j’arrêterais de pleurer en lisant des récits d’accouchement par voie basse, sans péridurale, au naturel. Un, jour j’arrêterais d’être en colère à la vue de cette cicatrice. Un jour, certaines phrases anodines ne m’attristeront plus (“le principal c’est que tout le monde aille bien”… “vu le gabarit de ta fille, c’était peut-être mieux comme ça!”…).

Alors peut-être que je porte trop d’importance à cette césarienne. Peut-être que j’y pense juste trop. Peut-être que je ne mesure pas assez la chance que j’ai. Peut-être. Mais voilà, j’avais comme un grand besoin d’extérioriser. Et c’est ici que j’ai choisi de le faire.

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Maud

Maman multi-casquettes, un brin écolo et pratiquant l'instruction en famille. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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47 thoughts on “Les dessous de ma césarienne

  1. J’ai accouché par césarienne pour mes 2 grossesses.
    J’ai très mal vécu la première parce que je n’étais pas prête à accoucher comme ça. L’un de mes bébés était en détresse foetale (il se présentait par le front et se fatiguait), donc on m’a étalé sur un brancard pour m’ouvrir et les sortir.
    J’ai mis énormément de temps à m’en remettre émotionnellement et j’ai vu un fascia-thérapeute pour “travailler” sur ma cicatrice que je n’arrivais pas à regarder.

    Pour ma 2ème grossesse, on m’a dit d’office que ça serait une césarienne. J’ai donc pris sur moi et accepté la chose. J’ai eu des problèmes à la suite de cette césarienne (des agrafes se sont fait la malle au bout de 2 jours, c’est resté très jour très longtemps, j’avais mal à chaque extrémité) mais 21 mois après il n’y a plus aucun stigmate (à part une ligne douce).

    Courage !

  2. Je n’ai pas vécu la césarienne mais je suis touché par ce billet. Laisse le temps passer, tu verras, tu finiras par accepter. Ne perds pas une seconde de ton bébé tout neuf à ruminer quelque chose que tu n’as pas choisi J’ai l’impression d’avoir ressenti la même chose que toi avec l’échec de mon dernier allaitement. J’ai mis longtemps à accepter cet échec, qui pourtant je le sais, n’en ai pas un. Patience et profite en, le temps passe trop vite 😉

  3. et je viens de commencer à lire l’article dont tu as mis le lien, ça me glace et me donne envie de pleurer alors que je l’ai même pas vécu. L’article est très vrai, ça me donne envie de te serrer dans les bras et de te réconforter!

  4. J’ai eu qu’un enfant, j’ai été admise car la poche des eaux était fissuré et il me donnait 3 jours pour accoucher, le soir même, une sage femme m’a fait un décollement de la membrane sans mon accord, la nuit s’est très mal passé et je n’ai pas pu me protéger et protéger mon fils, j’ai attendu la relève de jour tout en m’inquiétant car le liquide était teinté.
    L’accouchement a été déclenché avec un gros risque de césarienne car col postérieur et fermé donc la sage-femme n’y croyait pas, la prise en charge a été très bien cette fois-ci.
    Même si j’ai eu la péridurale, je l’ai dosé au minimum et j’ai bien pu tout sentir. J’ai eu de la chance et je le sais.
    Avant l’accouchement, lors de la préparation, j’avais justement une énorme angoisse pour la césarienne, mon mari et la sf ont pu me faire prendre conscience que pour moi l’allaitement était plus important et la césarienne ne serait pas un échec mais une nécessité.
    Et au final, j’ai foiré mon allaitement et je m’en veux encore et le regrette.
    Dans la maternité, il y a ce que l’on veut et la réalité. A nous de travailler et même de se faire aider pour accepter la réalité sans culpabilité.
    Mon commentaire est très brouillon….!
    Je ne peux donc pas comprendre ce que tu as vécu mais je me l’imagine et je ne peux que t’envoyer du réconfort.

  5. Ton article me parle beaucoup. J’ai eu une césarienne pour mon fils (2.5 ans). Je pense l’avoir plutôt bien vécue, mais en même temps, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai du mal à dire “mon accouchement” : j’ai plutôt tendance à dire “ma césarienne”. Lorsque je vois mon gynéco, je ne dis pas “celui qui m’a accompagnée pour la naissance de mon fils”, mais “celui qui m’a accouché”
    C’est très troublant, même plus de deux ans après…

  6. Ici c’est ton espace, ce que tu choisis ou non de partager avec nous. Alors si cela peut te “réconforter” un peu ou simplement te faire du bien d’extérioriser alors tu a bien fait. Ici c’est ton “chez toi” que tu partages avec nous, tu parles de ce que tu veux.
    Je ne pense pas que tu fasses une fixette, je pense réagir pareil dans ce cas là. Parfois il s’agit d’un choix. Parfois quand l’accouchement naturel nous tient tellement à cœur on peut être déçue simplement que tout ne se soit pas passé comme on l’aurait souhaité… et c’est légitime, ça se comprend, même si l’on a conscience que ce n’était pas “de notre faute”.
    Pour ma part, j’avoue avoir très peur d’une césa voir d’une opé en règle générale… Je fais des malaises vagaux depuis toujours à la vue du sang ou de cicatrices ou autres… Alors je peux te dire que je te comprends tout à fait sans mêle l’avoir vécu.
    Tu es tout de même sa petite Maman, tu l’a porté, tu la nourrit tu la fait grandir et tu l’a mise au monde, sur ce point, il n’y a pas de doute. <3
    De gros bisous,
    Mariella

  7. Que te dire ..
    J’ai l’impression de me lire 12 ans en arrière pour mon aîné (césarienne en urgence pour position frontale).
    Je comprend ton ressenti et j’aimerais te dire que ton ressenti c’est qu’un passage à vide du au baby blues. ..
    Mais en tant que maman césarisé (ce se dit ça ?) Je sais que non .. Que ce que tu ressent , ce moment qui est incomplet , ce moment qu’on nous a volé , ce moment magique on le connaîtra plus jamais pour cet enfant la .
    Avec le temps cette sensation s’estompe
    C’est long
    Ça peux prendre du temps
    Mais en final on l’oublie (oui on a tendance à avoir un gros trouve mémoire. .. surtout quand on décide d’un suivant)
    On y pense plus
    Et cette cicatrice béante fini par laisser place à une simple histoire qu’on racontera ensuite quand ils nous demandent comment ils sont nés
    Bisous à toi

A vous !

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