Une histoire de poids.

Le poids. Une unité de mesure que nous utilisons au quotidien. Un indicateur qui conditionne nos vies depuis le stade embryonnaire. A peine avons-nous débuté notre vie intra-utérine que le poids nous détermine. Trop petit. Trop gros. Dans la courbe. On angoisse nos futurs parents avec un potentiel “trop petit bébé” ou “trop gros bébé”, en invoquant tout un tas de complications envisageables.

Et puis on vient au monde. Le poids continue d’être une perpétuelle source d’inquiétudes. Il faut surtout rester bien dans les courbes, au risque sinon de se retrouver avec des compléments ou au régime dès le plus jeune âge. Il faut entrer dans la norme. Peu importe la manière. Peu importe notre histoire, notre génétique. Que les mots soient durs et marquent l’enfant qu’on est, importe peu. Il faut des résultats. Il faut revenir dans la courbe.

Et ça nous suit.

Si à l’adolescence on se retrouve pourvu de quelques rondeurs, on fait tout pour les camoufler. Souvent on commence à contrôler son alimentation. Parfois, cela se transforme en véritables troubles comportementaux. Parfois non. Mais on continue à porter son corps comme un vrai poids. Comme ces chiffres sur la balance qui nous rappellent qu’on n’est pas dans la bonne case.  Quand on est trop mince, on peut tout autant trainer son corps comme un boulet. Mais peut-être subit-on moins le regard accusateur et culpabilisant de la société? Peut-être. Ou pas. Je ne sais pas trop.

Toujours est-il que c’est toujours une histoire de poids. De ce poids qui conditionne nos quotidiens. Qui NOUS conditionne.

Un jour on devient maman. Enfin, on commence par devenir une femme enceinte. Là encore, il est encore question de poids. Il ne faut surtout pas dépasser 12kg. S’ajoute alors à nos angoisses de future maman, une certaine appréhension de la balance qui nous pousse à contrôler encore et toujours ce qu’on mange… qui nous renvoie souvent des seaux de culpabilité sur la tête quand on a cédé à une envie soudaine et incontrôlable. Et puis… on en revient à ce que je disais au début. On porte aussi le poids du bébé qu’on abrite. On est souvent comme tenues responsables de son évolution.

Alors, je sais bien que je trace peut-être un tableau un peu trop noir de cette histoire de poids. Que ça a quand même de l’importance quelque part. Oui, j’en suis consciente. Bien sûr qu’un surpoids trop important peu entraîner des soucis de santé, tout comme un poids trop faible. Quelque soit notre âge. Mais comment en est-on arrivé à développer autant de troubles liés à l’alimentation ? Comment en est-on arrivé au stade de mettre sa santé en danger à cause de la manière dont on s’alimente?

Est-ce vraiment sain d’être autant conditionné par des chiffres dès notre plus tendre enfance? … Je n’en suis pas certaine. Parfois, je trouve qu’on en fait trop. Et souvent, on ne réalise pas le bagage qu’on charge sur les épaules du tout petit… Bagage qu’il traînera parfois difficilement toute sa vie. Oui, je sais de quoi je parle. J’étais de ces petites filles un peu rondes. De ces petites filles un peu dans le haut de la courbe, avec un petit bout de ventre. Je suis cette petite fille qui a entendu alors qu’elle n’avait que 6 ou 7 ans qu’elle était “obèse”. Oui. Obèse. Je suis la petite fille de cette maman qui a fait une anorexie sévère adolescente. De cette maman qui a failli en mourir et qui a été choquée par ces mots déposés ainsi sur son enfant, sans ménagement. Des mots prononcés devant cette petite fille que j’étais et qui avait peut-être 3 ou 4 kilos “en trop”… ou plutôt “en plus” par rapport à ce qu’on attendait à cet âge là. Etait-ce si grave? Je n’étais pas de ces enfants qui mangent n’importe quoi. Non. Gourmande oui, mais avec des parents qui cuisinaient, qui nous offraient des légumes du jardin, une alimentation variée et relativement équilibrée. Mais j’étais une petite fille trop ronde. Qui a suivi son premier régime à 8 ans. Un régime très restrictif pour une petite de cet âge. Trop. J’ai perdu le kilogramme par mois qu’on me demandait de perdre. J’ai fait très attention. J’ai pesé, j’ai noté ce que je mangeais. J’ai perdu. Je suis revenue dans les courbes. Et puis…. j’ai craqué. J’ai tout repris. J’avais 10 ans. L’image que j’avais de moi-même était déjà tant entachée. Mon corps me faisait honte. J’avais une peur panique de monter sur une balance. J’avais tellement peur de grossir. J’avais 10 ans à peine. J’étais déjà mal dans ma peau.

Une poussée de croissance est passée par là et j’ai fondu comme on disait. Je n’étais pas encore l’adolescente svelte que j’allais devenir plus tard. Mais je n’étais plus cette petite fille ronde. Pourtant. Pourtant, le mal s’était déjà immiscé. Mon rapport à l’alimentation était enrayé. Je suis devenue ensuite une jeune fille aux obsessions alimentaires. Une “presque-adulte” à un fil de l’anorexie. Jamais tombée dans le côté obscur de la chose, je me suis battue des années contre ces troubles alimentaires. Mes grossesses ont réveillé la bête qui sommeillera toujours en moi. Le spectre de ces différentes périodes. Cela explique aussi pourquoi j’ai si mal vécu le fait qu’on me parle de diabète gestationnel au début de cette grossesse. Cela explique également pourquoi mon rapport à ce corps transformé est difficile.

Je suis quelqu’un qui se sent extrêmement mal à l’aise quand elle entend parler de régime, quand elle voit défiler des publicités, des photos, des témoignages de diètes. Parce que j’ai peur. J’ai cruellement peur que mes anciennes habitudes reviennent… J’angoisse à l’idée de pouvoir un jour retomber dans ce cercle vicieux. Je craints toujours de me laisser de nouveau aspirer par l’appât du contrôle sur son corps.

J’ai un corps qui fait des envieuses je le sais. Je n’ai pas connu les kilos de grossesse pour Petit Girafon. Et je ne saurais peut-être pas ce que c’est non plus pour la demoiselle qui va arriver. J’ai la chance de pouvoir manger à peu près ce qui me fait plaisir sans prendre de poids. Je peux me passer de sport. Mais ce corps, je ne l’ai pas ménagé. Je l’ai torturé. Je l’ai fait souffrir. Je m’en suis servie comme d’un bouclier entre moi et le monde extérieur. Tantôt signal d’alarme de mon mal être, tantôt signe du contrôle que j’exerçais sur ma vie.

C’est un long pavé que j’ai écrit aujourd’hui. Un peu décousu, très personnel. Mais, parce que cette histoire de poids me pèse. Parce que le fait que mon accouchement puisse être conditionné par le poids de mon futur enfant m’angoisse. Parce que je sais combien les mots entendus enfants peuvent faire du mal et abîmer l’adulte qu’on deviendra. Parce que je crois qu’il faut être vigilant. La vie ce n’est pas que ça. Ce n’est pas qu’une histoire de poids. Ce n’est pas qu’une image qu’on reflète.

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Maud

Maman multi-casquettes, un brin écolo et pratiquant l'instruction en famille. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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11 thoughts on “Une histoire de poids.

  1. On en fait trop concernant le “poids”, je suis bien d’accord avec toi ! Quand je vois les “ravages” que cela a pu faire de rabâcher à ses enfants qu’il FAUT être maigre et manger bien équilibré, que tout le reste était “le mal incarné” … J’avais pris du poids à l’adolescence, quand j’ai rencontré chéri j’ai perdu des kilos pour lui et sa “famille” : j’étais bien bête, je te l’avoue car je ne me suis jamais sentie mal dans ma peau. Et aujourd’hui avec les grossesses, je n’arrive pas à prendre les quelques kilos “autorisés” et comme lors de mon premier le lendemain de l’accouchement, je ne reconnaissais pas mon corps dans ce miroir à la maternité tellement j’étais frustrée de toutes ces privations que l’on m’avait fait subir pour diabète gestationnel … Bref, il y a beaucoup de choses à faire changer dans les “mentalités” françaises 😉

  2. Je me souvient d une visite pour mon fils même pas un an ou le médecin me dit qu’il faut faire attention car il est un peu gros!!! Pourtant pas un seul bourrelets!!! 4 ans plus tard il était dans les maigres limite très maigre!! Alors laisson les enfants vivre ils ne demande que çà!!! Bon courage:-)

  3. Coucou Maman Mammouth,

    Je vois que ton rapport à la nourriture et plus précisément au poids remonte à loin, il n’est pas étonnant que les impacts soient encore bien présents 🙁
    Maintenant, de mon point de vue rien n’est définitif 😉 Il y a plein de personnes dans l’accompagnement qui aident à dépasser ça de façon relativement rapide, si si ! Je pense à l’hypnose parce que, tu l’auras compris, c’est mon dada (j’en ai fait mon métier) mais il y a plein d’autres pistes (psychologie positive, thérapie comportementale, psychopraticiens divers et variés). Quand tu te sentiras vraiment prête à laisser tout ça derrière toi, je me demande vers qui tu te tourneras ? 😉
    En attendant je te souhaite une fin de grossesse sereine et une belle découverte de ta fille !
    Des bises

    1. Je sais qu’un jour il faudra que je prenne tout ça à bras le corps… J’ai déjà fait une partie du “travail” qu’il y avait à faire à un instant T… mais ça n’est pas “guéri”. Vers qui je me tournerai? C’est une très bonne question 😉 Je n’en ai encore aucune idée ^^

      Merci pour ton commentaire :-*

  4. C’est tellement vrai tout ça … En surpoids depuis aussi loin que je me souviens, j’en ai “avalé” des réflexions que ça soit de la part de mes proches, comme des médecins quand je suis devenue maman. Tu te “manges” des tonnes de réflexions, tu respires, tu souffles et quand tu rentres tu t’effondres seule.
    Il s’agit de principes de précautions, de risques calculés, mais bon … moi je n’avais pas envie d’être le cas 1458795, j’étais moi, enceinte et heureuse, on ne pouvait pas me laisser ce plaisir (sauf ma sf qui est une personne incroyable <3)
    Heureusement, j'ai un tempérament qui me permet de "rebondir" aisément et un mari qui m'aime comme je suis.
    Lutter contre ses vieux démons c'est ce qui est le plus dur je trouve, mais une fois que tu as réussi à les laisser vivre en toi, sans qu'ils te "bouffent", c'est gagné !
    Je te souhaite de réussir à dompter les tiens.
    Merci pour ces mots/maux personnels !
    Bises,
    Marie

    PS : c'est marrant tous ses termes liés à l'alimentation qui me sont venus en rédigeant ce commentaire 😉

  5. Je suis affolé de lire qu’on t’ait mis au régime à 8 ans. Une aberration pour moi. Quand la croissance est fini OK mais je pense qu’avant il faut surveiller, voir limiter . Mais quand même quoi! A 8 ans! Quand on voit les dégâts après.
    Cela m’attriste pour toi.
    Je suis certaine que tu ne reproduira pas le mm schéma avec tes enfants car tu es consciente des dégâts que cela peut engendrer.

    1. Et oui… 8 ans… Je faisais des crises d’angoisse terribles quand c’était la veille d’aller voir la diététicienne, j’avais tellement peur d’avoir pris du poids ou de ne pas avoir perdu ce kilo que je devais perdre…

      Tu as raison, je ne reproduirai pas ce schéma, je ne veux pas que mes enfants aient un rapport à l’alimentation aussi complexe que le mien.

      Merci pour ton commentaire <3

  6. Merci beaucoup Maud pour cet article qui me touche énormément. Je n’ai pas connu les mêmes épreuves que toi concernant le poids, mais je vis ces derniers mois un stress lié au fait que mon bébé soit apparemment “trop gros” par rapport à la courbe. Et ça m’inquiète, les échos m’inquiètent, le moindre gramme en plus m’inquiète … je vois mon ventre grossir, et les remarques des gens sur le fait que j’ai déjà un si gros ventre à 6 mois et quelques me blessent presque à cause de ce “trop gros” …
    Pourtant je suis heureuse moi de savoir que c’est un beau bébé, j’y pense en souriant, en me disant qu’il est bien en forme, qu’il a comme l’a dit l’échographiste une “belle piscine pour un beau bébé”, sauf que j’ai l’impression que je devrais être plus inquiète, à cause des “potentielles conséquences et risques”, etc !
    Et en lisant ton article, je pense à ma nièce qui a été un “beau bébé” elle aussi, et qui aujourd’hui à seulement 2 ans et demi, se voit cataloguée comme “trop ronde pour son âge”. Et ma soeur qui s’est fait sermonnée par les dames de la crèches ou autre parce qu’elle devrait faire plus attention à son alimentation … presque faire un régime, déjà ? Alors qu’elle est seulement gourmande, et bien nourrie, et qu’elle est comme ma soeur et moi petite, un peu ronde, mais elle s’affinera certainement par la suite. Et puis sinon, où est le mal ? Je me demande du coup : est-ce qu’elle comprend déjà les remarques sur son poids, ses rondeurs, ces clichés que les gens lui renvoient ?
    Je reconnais tout ça dans ton article, et ça me fait vraiment mal, et en même temps je suis rassurée de voir que l’on partage la même vision et qu’on a le même rejet de cette norme imposée qui blesse plus qu’autre chose !

    1. Je crois qu’un enfant “entend” dès son plus jeune âge tout ce qui peut être négatif le concernant. Il ne le comprend pas forcément comme nous le comprenons, mais je crois que ça l’atteint quand même… Et ça m’attriste énormément… On devrait laisser les enfants grandir et conseiller, accompagner les parents quand, par exemple, il y a un réel souci de nutrition…

      Je suis aussi triste pour toi, pour ce stress qu’on ajoute à ta grossesse… Je ne comprends pas cette fixette sur les “beaux” bébés… Si tout va bien à côté de ça? Si pas de souci de diabète gesta ou autre? Où est le souci? On en fait trop… Vraiment trop… 🙁

A vous !

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