Je vous parlais dans un précédent article de l’allaitement dans l’Histoire. Pour ne pas faire un article trop long, j’ai décidé de diviser cette thématique en deux articles. L’allaitement au XXe siècle est passionnant. Ce siècle marque une période décisive dans la considération de l’allaitement maternel.

Vers la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, on assiste à la disparition progressive des nourrices. Le dernier bureau des placements fermera en 1936. Elles sont peu à peu remplacées par des biberons donnés dans des lieux de garde plus proches des parents. Il faut savoir que les nourrices donnaient également des biberons. Avant la guerre de 1914, on estime à seulement 7,5% les bébés nourris au sein par leur nourrice.

Les biberons représentent une alternative plus sûre et on note une réelle baisse de la mortalité infantile, notamment grâce aux travaux de Pasteur. En mettant au point la pasteurisation il rend le lait artificiel ainsi que le biberon sûrs et sans danger. On assistera alors à une large promotion du lait artificiel, qui bien entendu a de forts intérêts économiques. En effet, la vente du lait infantile engendre de gros bénéfices, ce qui freine énormément la mise en avant de l’allaitement maternel.

Au XXe siècle, on s’occupe des enfants de façon presque scientifique. On les pèse et on les mesure scrupuleusement. Il est fortement conseillé de peser son enfant avant et après la tétée ou la prise du biberon. On a voulu faire entrer l’allaitement dans cette façon de materner très cadrée. On impose un intervalle fixe entre les tétées, pouvant aller de 2h30 à 4h. Il est important de régler son enfant, même les heures de tétées sont données. Le bébé a droit à six tétées diurnes à des heures bien précises, ainsi qu’à une seule et unique tétée nocturne, en fonction de son âge et de son poids. Le temps des tétées, quant à lui ne doit pas excéder dix à quinze minutes. (cf. « Comment j’élève mon enfant », Francisque GAY). Il se trouve qu’on entend encore fréquemment, de nos jours, ces recommandations erronées, et qu’on fait toujours une fixette sur le poids des bébés.

Le sevrage, lui aussi est réglementé. Sa durée ainsi que l’âge auquel il est conseillé a évolué selon les années. En 1956, par exemple, le sevrage devait être progressif et réalisé sur trois mois, alors qu’en 1978 il devait se faire en huit jours seulement. La fin du sevrage devait se faire autour de 15 à 18 mois à la fin du XIXe siècle, alors qu’en 1978 selon Pernoud il devait se situer à 3 mois et 1 semaine. Pour induire le sevrage, on avançait souvent que passé un certain âge, le lait maternel n’était plus suffisamment profitable à l’enfant, argument que l’on peut encore entendre aujourd’hui malheureusement. Toutes ces recommandations mettaient les mères qui souhaitaient allaiter dans une situation peu confortable… Quand on sait que le lait maternel se digère en 30 minutes, et qu’il est donc normal qu’un bébé allaité tète beaucoup, on imagine facilement que les bébés à cette époque devaient beaucoup pleurer (on conseillait également aux mères de ne pas prendre les bébés dans les bras s’ils étaient propres et avaient mangé). Toutes les mères n’avaient pas la force de caractère de s’opposer aux recommandations “médicales”… Tout cela ne donnait pas vraiment envie aux mères de se lancer dans l’allaitement. Le taux d’allaitement est d’ailleurs relativement bas à cette époque, seulement de 36,6% au 5e jour de vie.

Les années 70 sont finalement assez contradictoires sur le plan de l’allaitement. D’un côté, on trouve un mouvement de « retour à la nature » avec toute une réflexion sur les modes de vie, la reconquête de leur corps par les femmes, une éducation plus libertaire. Cela permet à de nombreuses femmes de vivre des allaitements heureux. Parallèlement, on a aussi un mouvement féministe égalitaire, qui contrairement aux féministes du début du siècle, voient dans la maternité et l’allaitement un esclavage dont les femmes doivent se libérer.

Cependant, dans le monde entier, après 1970, la recherche médicale progresse vite et en l’espace de trois décennies, l’importance indiscutable du lait maternel a enfin été mise en évidence de façon claire. En 1991, l’OMS et l’UNICEF lancent une vaste action pour faire évoluer les pratiques autour de la naissance et favoriser les allaitements au sein.

Ce ne sera qu’en 1996 qu’on verra enfin un décollage de l’allaitement en France. En 1996, 46,4% des femmes commencent un allaitement. On atteindra les 52% en 2000 ! Et ce n’est qu’en 2003 que l’OMS préconisera l’allaitement exclusif jusqu’à six mois, puis jusqu’à 2 ans minimum, en complément d’une alimentation diversifiée, préconisation largement diffusée à présent. J’ai été très étonnée d’apprendre que cette recommandation était si récente !

Au fil de mes recherches, j’ai compris énormément de choses, et notamment que nous partons de très loin. Je suis, du coup, moins étonnée quand j’entends des informations erronées, quand les préjugés ont la vie dure… On traîne un bagage de plusieurs siècles ! Aujourd’hui, au XIXe siècle, les mentalités tendent à évoluer de façon positive, même s’il souffre encore de nombreuses croyances, et qu’il a encore mauvaise presse lorsqu’il se prolonge au-delà de 6 mois. J’ose espérer que de plus en plus de professionnels de santé feront la démarche de se former afin de donner les bonnes informations aux mamans, aux parents (oui… le papa a toute sa place dans l’allaitement).

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Maud

Maman blogueuse pro allaitement, maternage et éducation positive, pratiquant l'instruction en famille. Rédactrice web et traductrice. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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