La souffrance du devenir mère

Lorsque j’ai débuté ce blog, j’avais besoin de partager, dans un espace neutre, mes débuts de maman. Des débuts difficiles, bien différents de tout ce que j’avais pu imaginer pendant que j’attendais la venue de Tom. Mon quotidien était tellement éloigné de toutes ces images que j’avais construites. C’était si dur. J’ai souvent parlé du manque de sommeil ici, au tout début. Le temps est passé… bientôt 7 ans. J’ai ressenti le besoin d’en reparler. Parce qu’il faut en parler. Devenir mère n’est pas toujours aisé. Cela ne coule pas forcément de source. L’arrivée de Tom dans ma vie a été un ouragan… un véritable typhon. La seule chose dont j’étais alors certaine, c’était l’amour inconditionnel que je lui portais. Tout le reste se figeait sous le spectre du doute.

Je l’ai tout de suite aimé si fort. Je savais que je pourrais déplacer des montagnes pour lui. Je n’imaginais pas, alors, qu’en quelque sorte, j’aurais véritablement à le faire et qu’il me faudrait repousser extrêmement loin mes limites. Celles de mon corps et celles de moi-même. Il y a un souvenir qui est encore bien frais dans ma mémoire. Je parviens encore à me rappeler les sensations que j’ai ressenties. Tom avait une quinzaine de jours et nous étions de baptême. Bien que j’avais du dormir l’équivalent de 2 nuits en 15 jours, j’ai donné le change. Mon bébé venait de naître, alors oui, j’étais fatiguée, mais je savais que c’était normal. Ce n’était pas facile, mais j’allais encore bien. Une tante de mon mari est alors arrivée et m’a arraché mon bébé des bras pour aller déambuler dans la salle. J’ai eu une réaction quasi animale, primaire. J’ai ressenti dans tout mon corps ce manque viscéral de mon enfant, cet arrachement. Je suis devenue livide, je le cherchais des yeux, je ne pouvais plus parler, j’avais une boule dans la gorge et envie de hurler, de pleurer. Je n’ai évidemment rien fait. Mon mari a vu mon trouble. Je ne sais pas s’il a bien saisi son ampleur. J’ai eu, soudain, l’impression d’être une mère trop protectrice, je m’auto-analysais, m’intimant de me calmer, que ce n’était rien… je me répétais que de nombreuses mères laissaient les autres porter leur enfant sans problème. Mais rien à faire, j’avais envie de récupérer mon bébé, de le serrer contre moi, de le rassurer… lui qui hurlait à plein poumon son éloignement de moi. Il n’y avait, bien entendu, aucune mauvaise intention de la part de cette tante, que par ailleurs, j’aime beaucoup. Simplement, elle a élevé des bébés toute sa vie et elle les adore. Je n’étais juste pas prête. J’aurais voulu qu’on me demande mon avis… Après cet incident, j’ai longtemps été ballotée dans mes pensées entre des “je l’aime trop, faut que j’arrive à me détacher, je suis égoïste” et des “je m’en fiche c’est MON enfant, j’ai le droit d’avoir besoin de temps“. Ce n’était pas évident, car je vivais comme des agressions permanentes les injonctions diverses… réseaux sociaux, remarques du médecin, de l’entourage, des forums de discussion… J’avais réellement l’impression de mal m’y prendre.

Le déclic s’est produit lorsque Tom avait 5 mois et demi. J’allais chez le médecin pour une visite de contrôle. Un médecin en qui j’avais pourtant eu confiance durant ma grossesse, qui me semblait ouverte, qui avait allaité. Mais une fois encore elle m’a resservi le même refrain : “Il faut que tu arrêtes de le porter.“, “Laisse-le pleurer ! “… “Tu ne dois pas l’allaiter autant.“… etc. Jusque là, je l’écoutais, sans rien mettre en action… au fond de moi je sentais bien qu’il m’était impossible d’agir ainsi avec mon bébé, avec CE bébé… je me sentais coupable. J’avais la sensation d’être vraiment une mère en carton. Je suis sortie de ce rendez-vous anéantie une fois encore. En rentrant chez moi, j’ai fait un truc horrible… j’ai mis Tom dans son lit et je l’ai laissé pleurer. 30 minutes. Elle m’avait dit qu’au bout de 30 minutes à 1h de pleurs un bébé s’endort. J’ai voulu essayer. Je crois que je voulais me prouver que j’avais raison de ne jamais le faire. C’est ignoble d’avoir eu besoin d’essayer pour cela… mais j’essaie de me montrer indulgente envers la mère que j’étais à ce moment-là. Je ne dormais que 2h par nuits, par tranches de 20 minutes. J’avais un bébé tellement exigeant. Je faisais au mieux. Il a pleuré. Non en fait. Il a hurlé. Il s’est époumoné. De mon côté, je souffrais. C’était comme si je ressentais ce qu’il vivait, seul, abandonné dans un lit froid de moi. Lorsque je l’ai récupéré, il était rouge, violacé, à la limite de vomir… en crise. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps en lui demandant pardon. Il ne voulait même pas de mon sein pour s’apaiser. J’ai su que j’avais fait une grosse erreur. Et j’ai décidé de changer de médecin… mais le plus important, j’ai su, au fond de moi, que j’étais LA SEULE à sentir ce dont il avait besoin. Evidemment j’en ai fait d’autres des erreurs. Mais à partir de ce jour, j’ai arrêté de culpabiliser de l’endormir au sein, de l’allaiter à la demande, de le porter, de dormir avec lui. Je lui ai fait confiance, je me suis fait confiance aussi… pour prendre soin de lui, et survivre. C’est un terme fort je sais. Cependant, je tolère mal le manque de sommeil et chaque jour était une véritable épreuve, alors si l’allaiter quand il pleurait, lui donner le sein pour l’endormir pouvait me faciliter les choses et me permettre de me reposer un peu… tant mieux. Et tant pis si pour certains c’était une solution de facilité. Pour moi, c’était la plus naturelle. J’ai commencé à aller mieux. C’était toujours extrêmement difficile car Tom ne dormait pas plus, il ne faisait toujours pas de siestes et était toujours un bébé qui exigeait beaucoup de moi. Mais moralement j’allais mieux. J’avais intégré que personne ne vivait ce que je vivais, ne vivait ce que lui vivait et que les biens penseurs n’avaient qu’à garder leurs pensées pour eux.

J’ai eu la chance, à peu près à cette période, de croiser la route de certains blogs, de mamans sur des forums (Coucou Hélène !) et dans la vraie vie aussi (Salut Edwige !). Ces rencontres m’ont apporté énormément. Moins de solitude, des mots de réconfort, du soutien. Ce dont j’avais besoin pour reprendre confiance. Je ne dirais pas qu’ensuite tout a été un long fleuve tranquille… avec Tom cela n’a jamais été le cas, et ne le sera jamais je crois. Cependant, j’ai commencé à vivre plus sereinement. Je culpabilisais moins, j’ai arrêté de douter du fait que je pouvais faire confiance à mon bébé pour passer les étapes importantes, à son rythme. On m’avait dit qu’il ne ferait pas ses nuits tant que je l’allaiterais. Il les a faites deux mois avant l’arrêt de l’allaitement, du jour au lendemain. Il est passé de cinq réveils nocturnes à des nuits de 10 à 12h non stop. Comme ça. Brutalement. Ok, il avait 30 mois. Et alors ? On m’avait aussi clamé que le sevrage serait difficile. Bien que je l’ai induit, cela n’a pas été tellement dur. Et lui qui ne s’endormait encore qu’au sein, est parvenu à s’endormir sans, et sans pleurs. On m’avait répété que je ne me sortirais jamais du cododo. Cela a pris du temps. Il a dormi dans son lit dans notre chambre à 3 ans. Et puis, il est revenu un peu dans le nôtre entre 4 et 5 ans, par intermittence. Et puis, sa chambre a été terminée et il n’a plus JAMAIS voulu dormir avec nous. Alors certes, si j’avais écouté les milliers de conseils entendus, vus et lus… peut-être que tout cela aurait été plus rapide… mais aurait-il passer ces caps sereinement ? Je n’en suis pas certaine.

Son arrivée dans nos vies a été semblable à une tornade qui balaye tout sur son passage : principes, idées reçues, rythme quotidien… Notre couple a plié comme les roseaux. Nous avons passé des périodes compliquées… fatigue extrême, incompréhension, solitude… et pourtant, nous nous tenons toujours la main. Nous avons survécu. Devenir mère a été souffrant pour moi, même si ça a aussi été la plus belle des choses. Cela a été marquant. Et on dit souvent qu’on oublie combien cela a pu être difficile. Moi pas. Je me rappelle combien cela a été merveilleux, mais aussi que ça n’a pas toujours été idyllique.

L’arrivée d’Elena m’a moins bousculée, même si sa naissance m’a laissée une certaine amertume. Il a fallu du temps pour que je fasse la paix avec sa venue au monde. Ce bébé était d’une telle douceur. Elle dormait, elle. Peu la journée, mais était déjà capable de faire des nuits complètes à 15 jours… et la plupart du temps ne se réveillait qu’une à deux fois… Autant dire rien du tout face aux 10 réveils nocturnes de son frère ^^ Elle était calme mais n’appréciait pas le portage en écharpe, ni en porté-bébé. Elle voulait mes bras… et à la limite un portage hanche en écharpe… ce qui était, dans les deux cas, assez inconfortable pour moi. Mais je faisais avec, cela ne me pesait pas. J’avais moins de mal à la confier à d’autres bras que les miens, car je la sentais plus sereine que son frère. Et peut-être l’étais-je moi aussi ? Je ne sais pas, car je ressentais toujours ces espèces d’instincts primaires quand ma fille était dans d’autres bras. Venait un moment, plus ou moins court, où je DEVAIS la reprendre dans les miens. Un peu trop louve, un peu trop lionne sans doute. Tant pis. J’étais plus en paix avec cette facette de moi. Je savais au fond, que je leur donnais tout. Tout ce dont j’étais capable, pour mieux les laisser partir le jour où ils prendraient leur envol. C’est encore ce que je ressens. Et je l’assume désormais. Je veux être la personne qui passe le plus de temps avec eux. C’est sans doute égoïste. Tant pis. Un jour ils partiront, ils ne m’appartiennent pas. Un jour leur vie sera loin de la mienne, se dissociera. J’en serai heureuse, même si ce sera un cap à passer. Parfois je n’ose pas parler de ça. J’ai peur du jugement, peur de l’incompréhension. Et puis d’autres fois je me dis “et pourquoi pas” ? Pourquoi n’aurais-je pas le droit de vouloir passer autant de temps avec eux ? Ils sont libres. Ils peuvent me dire “on veut aller à l’école“, ils iront (et ils pourront revenir si cela ne leur convient pas)… “je veux aller dormir chez untel“, ils iront (ils ne veulent simplement pas, et je le respecte). Ce n’est pas parce que j’aime (et admets avoir envie de) passer quasi tout mon temps avec eux que je les prive de leur liberté, que je les étouffe, que je les enferme, que je les surprotège. Pas du tout. Et ce n’est pas toujours facile à expliquer, à faire comprendre. Alors je ne me justifie plus. Je vis et puis c’est tout. Mes enfants sauront me dire, me faire comprendre, si je suis dans l’erreur, s’ils ont besoin de plus, de moins. Je leur fais confiance.

Enfin, pour en revenir à l’arrivée d’Elena dans nos vies, elle a été plus sereine, même s’il a fallu rapidement prendre un nouveau rythme à quatre, à deux enfants… avec Tom qui entrait à l’école alors qu’elle n’avait qu’un mois. Il a fallu se rendre disponible pour eux deux. Et j’ai vécu cela comme un véritable déchirement. Lorsque j’avais Tom en crise et Elena qui pleurait… à qui donner la priorité ? Quand Tom avait besoin de ma présence et qu’elle pleurait ? Ou inversement ? Ca a été réellement difficile à vivre. Et cela a conforté ma non-envie d’un autre enfant. Les souffrances liées à la maternité étaient ailleurs, mais toujours présentes malgré tout. Ce qui avait changé, c’est que je me faisais davantage confiance. Pas au point d’assumer parfaitement tous mes choix et de ne jamais culpabiliser… loin de là. Mais suffisamment pour me permettre de vivre le quotidien comme il venait, avec ses journées douces et les jours d’orage. J’avais trouvé un équilibre, fragile, mais présent.

Je me rends compte que j’ai rédigé un véritable pavé. Je me suis laissée emporter, et encore, je ne suis pas certaine d’avoir écrit tout ce que j’avais en tête. J’avais simplement envie d’aborder la difficulté d’entrer dans la maternité, car s’il y a des mères pour qui cela se fait naturellement et sereinement, ça n’est pas toujours le cas. Mes enfants ont fait de moi une maman très différente de celle que j’avais imaginé devenir. Ils ont fait naître celle que je devais devenir. Ils ont donné une place à mes instincts naturels.

Je suis loin, très très loin, d’être une maman parfaite. Je me blâme encore souvent. Je doute encore, beaucoup. Mais j’aime mes enfants inconditionnellement, et si je on me proposais de revenir en arrière, je ne changerai rien. Rien. Même pas les doutes, la souffrance, les mots qui blessent, les nuits sans sommeil. Non rien. RIEN.

Maud
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8 thoughts on “La souffrance du devenir mère

  1. Très beau texte ! Se faire confiance alors que tout est fait pour nous faire douter… difficile ! Il n’y a pas de normalité, il y a juste des parents qui font comme ils peuvent et comme ça les arrange, parce que le seuil de tolérance est propre à chacun.
    Ma 1ère a été un bébé “parfait” ; ma 2ème c’était portage ou rien (et j’ai eu des remarques sur le fait qu’elle ne se décollerait jamais de moi, du coup :p) C’est la 2ème et ses terribles et interminables colères qui m’ont poussée dans mes retranchements ^^ (pareil, remarques qu’avec une bonne gifle elle se tiendrait mieux, ah ah ah).
    Tout ne dure qu’un temps (même si ça semble immensément long quand on est dedans^^), et on finit par trouver un équilibre.
    Nous ne serons jamais des parents parfaits (heureusement d’ailleurs, quelle pression sur les épaules de nos enfants futurs parents ^^) ; mais on fait au mieux, c’est ce qui compte 🙂

  2. Bonjour Maud, Je tombe sur ton article par hasard. Le titre m’avait parlé, le texte me touche au coeur. Ces sont les mots que j’avais Besoin de lire aujourd’hui. Merci.
    Belle continuation à vous 4 ☀️

  3. Résolument, ne change rien ! Sans ton exemple de maman imparfaite, mais qui ne lâche rien et ton soutien amical, où en serais-je aujourd’hui !?
    Et à voir tes enfants si épanouis, quoi que tu aies fait ou pas fait, Ça a l’air de bien leur convenir!

  4. Merci pour cet article que j’aurai pu écrire!
    A 10 jours de mon 4ème accouchement, je pense pouvoir faire un petit bilan de ma maternité.
    Pour mon ainé, j’ai également pris un ouragan dans ma vie, tout a volé… TOUT….
    Bébé qui pleurait jour et nuit… J’étais épuisée…
    Puis au fil des enfants, j’ai compris que je devais m’écouter et surtout m’entendre… et qu’a ce moment là, j’irais mieux…
    C’est un combat de tous les jours parce que m’écouter n’est pas une facilité pour moi mais j’essaye de m’y tenir…

A vous !

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