La revivre. Sans cesse.

J’ai lu ce bel article : Pleurer sa césarienne. J’ai pleuré bien sûr. Ca m’a tant parlé. Et j’ai pris conscience, une fois encore, que presque 1 an après… je n’ai toujours pas fait mon deuil. En fait, je n’ai même pas commencé ce travail de deuil. Et par-dessus tout, je n’ai pas pris le temps, peut-être pas eu le courage, de véritablement pleurer cet accouchement.

Je n’ai pas pleuré quand on a posé ma petite merveille sur mon torse, entre deux fils. Je n’ai pas pleuré non plus, quand j’ai du la laisser partir avec son papa, à contre coeur, car je me sentais partir… tomber dans les vapes une fois de plus. Je n’ai pas pleuré pendant ces trois longues heures à attendre loin d’elle, à ne pas savoir si elle pleurait, cherchait mon réconfort.

Je n’ai pas pleuré quand une inconnue lui a donné son premier bain… Quand d’autres inconnues lui ont changé ses couches parce que j’étais incapable de me lever. Incapable de m’occuper d’elle.

Je n’ai pas pleuré, quand enfin, j’ai pu me lever, mais que j’avais la sensation que mon corps tout entier se déchirait à nouveau. Chaque fois. A chaque pied posé par terre. A chaque effort pour me redresser et me tenir bien droite. Non. J’ai serré les dents. J’ai même souri.

Alors même que je n’arrivais ni à dormir correctement, ni à l’allaiter dans une bonne position. Je n’ai pas pleuré. J’étais seule la plupart du temps. J’ai fait. Sans pleurer. En gardant la tête haute et mes cris à l’intérieur.

Et puis, le retour à la vie. Reprendre le quotidien. Enfouir tout ça, parce que “la vie continue” et essayer de voir cet accouchement comme un simple passage dans ma vie de mère. Malgré mon corps endolori et meurtri. Malgré la blessure.

Mais cette cicatrice je la vois. Chaque jour. Pas encore vraiment cicatrisée… elle commence tout juste à s’estomper. Je la vois. Je la sens. Je la hais. Je m’en veux.

Absurde.

Oui ça l’est. On m’a répété tant de fois que ça n’était pas ma faute. Alors pourquoi? Pourquoi la vie m’a t-elle fait vivre ça? Pourquoi m’a t-elle infligée une si grande déception? J’y croyais tellement en cet accouchement qui avait si bien commencé… Pourquoi donc ma toute petite n’a pas enroulé sa tête comme il fallait? Je ne peux m’empêcher de me demander s’il n’y a pas quelque chose que j’ai mal fait? Un truc que j’aurais du faire différemment? Une descente trop rapide? Un travail mal mené ?

Je sais bien que toutes ces questions sont inutiles. Les sages-femmes me l’ont dit… C’est un coup de pas-de-chance. C’est très rare. Mais ça arrive. Elles m’ont répété combien j’ai été courageuse. Elle m’ont dit que j’avais tout fait comme il fallait, que j’avais véritablement donné le meilleur. Pourtant…

J’ignore si un jour je ferais la paix avec ce jour si particulier. Avec cet instant où des inconnus ont fait venir au monde ma fille, parce que mon corps n’a pas pu. Je ne sais pas si un jour la culpabilité me quittera. En attendant, chaque jour j’entrevois cette cicatrice… un jour elle ne se verra plus qu’à peine. Mais, dans ma tête le souvenir restera. Et rien ne pourra réparer ce que je n’ai pas vécu. Rien ne pourra panser cette douleur de ne pas avoir donné naissance à ma fille. Elle est née. Mais, je ne l’ai pas fait naître.

Cet article que j’ai lu a tant fait écho en moi. J’ai connu cette douleur. Je pensais tant et tant que mon accouchement serait beau. Ma déception a été à la hauteur de cette douleur qui me faisait perdre pied. Au fond, c’est peut-être surtout cette déception qui me hante. Et puis ce sentiment blessant d’infériorité que je ressens. Toujours justifier sa césarienne. Combien faudra t-il de temps encore pour que j’arrête de la revivre sans cesse ?

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Maud

Maman multi-casquettes, un brin écolo et pratiquant l'instruction en famille. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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10 thoughts on “La revivre. Sans cesse.

  1. Bonjour, je suis acupunctrice et depuis plus de 15 ans je travaille sur le traitement des cicatrice et particulièrement celle des césariennes. J’assiste à chaque fois à une renaissance de la mère. l’insensibilité locale disparaît quasiment totalement dès la première séance, les adhérences qui font tant souffrir se relâchent et permettent de décambrer le dos, le ventre se détend s’il est tendu, ou se raffermi s’il est trop mou. la cicatrice dure et rouge redevient souple et rose etc..toute l’émotionvécue et souvent endurée avec le sourir peut enfin avoir une écoute et “sortir” afin de pouvoir passer à autre choses que ce sentiment d’un avant et d’un après la césarienne. J’ai mille histoires à raconter, une cinquantaine d’enregistrements. je travaille sur de jeunes césarisées mais aussi sur des femmes âgée ou le traitement d’une cicatrice même de 40 ans d’âge permet de retrouver une vitalité nécessaire fin de ne pas vieillir trop vite.

    A ce stade je suis convaincue que le traitement de la cicatrice de césarienne devrait être obligatoire afin de reconnecter une circulation essentielle. couper le bas ventre n’est pas un geste anodin !!!!

    1. Je vous remercie pour votre commentaire !
      Je n’ai jamais pensé à l’acuponcture. Une des sages-femmes qui m’a suivi pendant ma grossesse est acuponctrice, il faudrait que j’en parle avec elle !
      Merci d’avoir pris le temps de me laisser un petit mot 🙂

  2. Je réalise à quel point j’ai de la chance d’avoir bien vécue mes 2 césariennes. Car oui c’est possible de dire que ce jour reste le plus beau de ma vie. Je n’éprouve aucune culpabilité, la vie est ainsi et je refuse que quoique ce soit puisse venir gâcher ce beau moment. Ce qui comptera au final pour notre enfant c’est qu’on soit là dans toutes les autres étapes de sa vie. Une césarienne n’est pas un échec et ma cicatrice je la regarde avec tendresse. C’est une trace d’eux que je garderais jusqu’à ma mort. Cela faisait 4ans que j’attendais de devenir mère, c’est sûrement la raison pour laquelle je vis bien cette césarienne.

    1. On a toutes un ressenti différent 🙂
      Personnellement, je pense que c’est surtout la grande déception que j’ai du mal à vivre. Tout avait bien commencé, travail jusqu’à dilatation complète, poussée… Je ne m’attendais vraiment pas à ce que ça finisse en césarienne.
      Bien sûr le plus important, c’est ma fille, la rencontre. Mais rien ne pourra jamais réparé ce que je n’ai pas vécu ce jour là, et ça, pour moi c’est dur…
      Mais, un jour j’y penserai moins sans doute 😉

      Merci pour votre commentaire et je vous souhaite plein de bonheur en famille!

  3. Moi aussi je ne m y fait pas à mon accouchement par césarienne et ça fait déjà 19 mois . Je ne suis pas sûr de l accepter un jour….

  4. Bravo pour votre courage de reconnaître et d’écrire. Ce billet est très touchant et il aidera très certainement d’autres mamans à comprendre… et souhaitons-le, un jour… guérir. Qu’il en faille accoucher de nouveau!

  5. Je suis très touchée par ton témoignage… J’ai aussi vécu une césa pour mon premier, que je pensais avoir bien vécue, jusqu’à ce que je retombe enceinte… L’accouchement approche, et évidement, j’appréhende un peu de repasser par les même émotions : la déception, la culpabilité, la peur…
    Je ne sais pas vraiment si on “guérit” totalement d’une césarienne, car les émotions que l’on ressent à la naissance de notre enfant sont toujours très fortes, mais bon, comme toi : j’espère, un jour, y penser moins (ou avec plus de bienveillance)

  6. Bonjour, ton texte est très touchant.

    Je ressens des choses similaires à propos de mon allaitement raté 🙁

    Il faudrait essayer d’être plus indulgentes avec nous mêmes !

    Bises

A vous !

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