Famille d’accueil, quand ça vire au cauchemars

Aujourd’hui, je laisse la parole à une maman d’une tribu XXL, assistante familiale ou famille d’accueil. Elle a elle-même été accueillie dans la famille de la nounou en or qui me gardait étant petite… et qui a transmis le virus à ses enfants! Cette maman est mariée avec le fils de ma nounou en or… bref, être assistant familial, c’est une histoire et un héritage familial!

Si ce métier est l’un des plus beaux, je ne vais pas vous livrer un récit idyllique de la famille d’accueil… Non. C’est un récit dur, qui m’a bouleversé… On imagine tous que ce métier est difficile, que rien n’est tout rose… mais quand ça tourne au cauchemars? Quand ce métier qu’on choisit et qu’on exerce avec son coeur détruit sa propre famille ?

Je vous laisse découvrir son histoire, leur histoire… (qui restera en anonyme, vous comprendrez vite pourquoi)

 ***

Bonjour Christelle, peux tu te présenter, nous en dire un peu plus sur toi, sur ta famille?

Je suis assistante familiale depuis presque 8 ans. J’ai 6 enfants, bientôt 7… 5 garçons et une fille (18 ans, 17 ans, 15 ans, 12 ans, 9 ans, 8 ans)

Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir assistante familiale?

J’ai cette envie depuis que j’ai l’âge de 15 /16 ans . J’ai vécu moi-même en famille d’accueil de 13 à 18 ans.

Quelles sont les démarches pour obtenir l’agrément d’assistant familial? Est-ce long?

Il faut quatre mois à partir de la réception de votre dossier. Il faut en faire la demande auprès du Conseil Général, ensuite il y aura la visite d’une assistante sociale, d’une éducatrice et voir même d’une puéricultrice. Mais il ne suffit pas d’obtenir l’agrément, il faut se faire recruter par un service d’accueil familial. On nous fournit la liste avec l’agrément.

Et ce sont eux qui viennent chez vous à leur tour pour faire la visite de la maison etc. Un peu comme pour l’obtention de l’agrément. Ensuite, il y a une visite chez le psychologue du service et un rendez vous avec la direction. Ensuite, votre employeur vous fera faire une formation obligatoire de 60h, qui sera suivie d’une seconde formation de 240h avec possibilité de passer un diplôme d’état.

Comment préparer son conjoint et surtout ses enfants à ce choix professionnel?

Mon conjoint connaissait déjà ce métier car sa maman l’exerce depuis qu’il a 6 ans. Mes enfants étaient d’accord sauf un, donc j’ai rempli les papiers et je lui ai dit que je l’enverrais lorsqu’il serait d’accord. A force de discussions, il a accepté. Il connaissait aussi ce métier par mamie.

A quelles difficultés es-tu confrontée au quotidien? N’est-ce pas parfois difficile de conserver l’harmonie familiale? Qu’est-ce qui est le plus dur pour toi, pour vous?

Pour le premier accueil tout s’est super bien passé. Nous avons accueillis une petite fille de 4 mois et demi, les garçons étaient ravis, elle s’est très bien adaptée.

La grosse difficulté, c’était la situation de cette petite fille adorable, pas de visite du tout, abandon de la maman pas de papa. Il faut s’attacher mais pas trop car ce n’est pas votre enfant et quand c’est un bébé et qu’il n’a aucun lien avec ses parents… dur dur… Finalement, elle est devenue adoptable à l’âge de 3 ans et nous avons pu l’adopter avec une grande joie pour toute la famille !

Pour le deuxième accueil, un petit garçon de 4 ans… du même âge que mon dernier garçon à ce moment là. Il a du quitter sa famille d’accueil en urgence sur décision du juge des enfants car sa maman avait déjà rapté deux enfants de la fratrie dans les familles d’accueils. Il a très mal vécu la séparation… il a bien mis deux ans à s’adapter et c’est le temps qu’il avait mis pour s’adapter dans sa première famille .

Nous avons eu le droit à des pipis culotte, selles, inondation du lit malgré la couche… Il a aussi cassé énormément de jouets de mes enfants. Il était vraiment perturbé et quand nous partions en vacances tout cela empirait… Il était content de partir avec nous mais le changement de lieu de vie le déstabilisait. Heureusement, avec le temps ça s’est calmé. Mais c’est resté un enfant plus ou moins difficile à la maison comme a l’école ou en colo.

Ensuite, c’est mon mari qui est devenu à son tour assistant familial, nous avons accueilli la petite soeur du garçon, une petite fille de deux ans super et ça a fait un grand bien à son frère, il était vraiment heureux!

Nous avons aussi fait beaucoup de relais (accueillir des enfants qui sont placés chez des collègues qui partent en vacances sans eux ou pour des weekends).

Il y a eu vraiment de belles rencontres des jeunes supers! A cette période de notre vie nous étions très heureux et contents de notre choix de vie.

Passons au plus dur …

Mon mari a obtenu un deuxième agrément. Un jeune mineur isolé qui avait soit disant 10 ans… par la suite nous avons appris qu’il avait en réalité 14 ans… Il était en France depuis un an et était passé par un foyer à son arrivée. Nous étions la troisième famille, il avait épuisé les deux autres… Il ne devait rester que le temps de lui trouver un foyer.

Finalement, après un temps d’adaptation où il a essayé de faire sa loi… Pour lui les plus petits et les femmes ne sont rien et il peut crier ou donner des ordres sans soucis !… Il ne s’est pas si mal adapté à notre famille. Il était très serviable, sympathique et nos employeurs étaient très surpris de ce changement radical. Il était devenu très souriant, agréable … bref ! Ils ont décidé qu’il ne partirait pas en foyer puisque tout allait bien.

Puis au bout de 6 mois le cauchemar a commencé…

Une petite fille qui était venue en relais 18 mois auparavant, a accusé un de nos 5 garçons de lui avoir demandé de lui “sucer la quéquette contre une sucette”, donc convocation au service de signalement et interrogatoire des quatre enfants accueillis…

Cette histoire sera finalement classée sans suite. Il y a eu trois versions de la jeune auprès des gendarmes et nos garçons n’avaient rien fait !

Sauf que le jour où les enfants accueillis ont été interrogés, le jeune mineur isolé a pris peur et a cru que c’était pour lui. Il a avoué au psychologue du service qu’il violait notre fille de 6 ans régulièrement la nuit… Nous, on nous a dit qu’il partait, que nous devions parler avec notre petite… qu’il s’était passé des choses mais quoi ? Pas de réponses… secret professionnel!

Après enquête, audition de notre fille, examens médicaux et les aveux complets du jeune, qui lui pensait n’avoir rien fait de mal puisqu’il était amoureux, nous avons su… S’en est suivi le retrait des trois autres enfants dont une de trois ans en cours d’adoption (on nous avait demandé de nous prononcer pour sa future adoption et nous étions encore une fois d’accord). Retrait également des agréments.

Après trois mois, nous les avons récupéré devant une commission qui nous a donné raison! Mais, on ne nous confie toujours pas d’accueils, notre employeur nous accuse d’un manque de vigilance car nous n’avions rien vu rien entendu… mais c’était au milieu de la nuit!

L’avocat est outré ainsi que les gendarmes et les membres de la force ouvrière… En me renseignant auprès des collègues, j’ai appris que la première famille avait eu des soucis avec l’école. Plus aucune petite fille ne voulait y aller car ce mineur isolé leur touchait les fesses et les seins! Selon eux c’est un problème de culture… J’apprend aussi que cette collègue a été licenciée, et qu’il y avait eu aussi des soucis dans son foyer a son arrivée en France! Personne ne nous avait rien dit !!

Quelles sont les conséquences d’une telle situation ?

Quand il y a suppression de l’agrément cela dure maximum 4 mois avant de passer en commission et le salaire est d’environ 200€ (apparemment il est rare de retrouver son agrément après une suppression ) et si l’assistant familial retrouve son agrément il passera en indemnité d’attente, soit environ 400€ pendant maximum 4 mois…

Ensuite soit l’employeur vous licencie ou vous redonne un accueil ou bien comme pour nous (pas d’accueil ,pas de licenciement mais nous retouchons nos salaires ), en attendant la fin de la procédure ou un licenciement…

Nous vivons cette situation depuis 19 mois n’avons plus le droit de voir les enfants accueillis ,ni le droit de téléphoner nous envoyons des cartes pour les anniversaires mais doutons très fortement que les enfants ait leur courrier car nous devons passer par le service . Nos enfants souffrent énormément de cette situation et de cette séparation et nous aussi. Nous essayons de nous reconstruire mais notre vie est entre parenthèse c’est difficile…

As-tu quelque chose à ajouter ?

J’ai répondu à cette interview non pour dégoûter de ce métier ou faire peur, mais pour mettre en garde. Mes beaux-parents et quatre de mes beaux-frères et belles-soeurs exercent le même métier et ne rencontrent pas les mêmes choses et heureusement! Mais si notre histoire peut mettre en garde au moins ce sera déjà ça.

Il faut savoir que sur la parole d’un enfant nous, nos maris, nos enfants peuvent se retrouver auditionnés par les gendarmes ou voir mis en garde à vue alors qu’ils sont innocents…

Mon fils de 11 ans n’a pas bien vécu cette situation, lui qui rêvait d’être gendarme ou policier s’est retrouvé accusé et auditionné. C’est très impressionnant pour un enfant et d’être accusé comme ça il n’a pas compris et ça l’a dégoûté, il ne veut plus être gendarme ou autre…

Si vous pouviez revenir en arrière quels seraient vos choix?

Si nous pouvions retourner en arrière mon mari et moi resterions sur notre position de départ car nous avions demandé à accueillir une petite fille afin de n’avoir un étage qu’avec des filles mais ils nous ont proposé ce jeune…

J’aimais vraiment ce métier et il y a beaucoup de jeunes très biens et qui se comportent très bien en famille.

La famille d’accueil est une chance pour se reconstruire et avoir le modéle d’une famille qui fonctionne bien pour ensuite pouvoir se reconstruire et avoir un jour une famille à soi .

Nous gardons espoir et espérons qu’il y aura une fin heureuse et espérons que ce n’est qu’un mauvais passage de notre vie. Ce bébé qui va bientôt arriver a été conçu pour panser nos coeurs et nous redonner un peu de joie de vivre et de bonheur, mais jamais il ne remplacera cette adorable petite fille que nous devions adopter. Si elle ne revient pas nos coeurs en garderont la cicatrice à vie…”

Merci pour ce témoignage bouleversant <3

Maud
Suivez-moi!

41 thoughts on “Famille d’accueil, quand ça vire au cauchemars

  1. bonjour,
    je suis actuellement en formation Assistante Sociale et j’ai été très touchée par ce témoignage …
    j’ai fait le choix d’orienter mon mémoire sur les Assistants familiaux et dans ce cadre je recherche des personnes exerçant ou ayant exercé la profession afin d’échanger avec eux.
    merci d’avance pour vos réponses.

  2. Bonsoir,
    Je suis famille d’accueil nous avons un bébé de 10 mois qui est placé chez nous depuis 4 mois .
    J’ai 2 enfants à moi de 6 ans et 2 ans et demi.
    J’ai choisi de devenir famille devenir accueil.
    Mais je sens que mes enfants ne l accepte pas.
    Ils sont difficiles et le plus jeune refuse de manger. Ça fait quelques semaines que je trouvais qu il n avait plus d appétit.
    Et on sait redu compte que à chaque fois que le petit est avec nous mon fils ne mange rien de la journée. Il cri il pleure fait de grosse crise pcq on essaie de le forcer mais rien n’y fait. C est tout les week – end comme ça.
    En semaine comme ils ne sont pas ensemble ça va il mange mais une fois à la maison bhen pas possible.
    J aurais aimée quelques conseils.
    J’ai pas envie que mon fils soit malheur à cause de mes choix que je leurs est imposé. …
    Je me sens triste de cette situation.
    Mon mari aussi…

    1. Je ne suis pas capable de vous donner des conseils, car je ne suis pas famille d’accueil (c’est un témoignage que j’ai recueilli) , mais peut-être que des groupes d’échange entre assistants familiaux existent ?

      Bon courage et bonne continuation

  3. Nous faisons un metier difficile nous pouvons être accuser à tort souviens licencier pour rien nous avons pas de statut il faudrait q sa évolue

  4. aujourd’hui j’ai appris le suicide d’une assistante familiale, je suis sous le choc lors de notre dernière rencontre elle m’avait fait part de son mal être face a ce métier, et les difficultés rencontrées avec la responsable enfance famille et le service ; face a une situation difficile. Je suis persuadée que ses personnes n’éprouvent aucun remord, au contraire, au détour d’un couloir, il m’est arrivé d’entendre une psy expliquer que le suicide pouvait être un aveux de culpabilité, que le remord peut expliquer ce genre de geste: bravo. ces gens la ne méritent pas mon respect ils sont a l’image de ceux qui nous gouvernent depuis de longues décennies déjà, ils ne voient que leur futur promotions, et se moquent des familles d’accueils et leur difficulté. Ce sont des personnes mesquines et qui vous regardent de haut.

    1. Je trouve ça tellement triste… C’est un métier tellement beau, mais tellement difficile aussi… Je n’arrive pas à comprendre pourquoi il n’y a pas plus d’écoute et d’accompagnement des familles accueillantes.
      C’est plus qu’un métier en réalité, c’est un engagement de vie, on devrait les soutenir plutôt que les décrédibiliser.

  5. Bonjour J ai été assistante familiale en 2015 j ai accueilli un enfant de 22 mois qui été adorable quand nous étions tous les 2 et très violent quand mais enfants été présent je n ai eu aucun soutien et aucune aide au niveau de mon employeur ils ont réagi quand je leurs ai dis que je compter arrêté et que je voulais préserver mes enfants la plus jeune venait d avoir 5 ans quandd j ai voulu me remettre assistante maternelle ils m ont annulé mon agrément qui été valable jusqu en 2020 je voudrais reprendre ce métier en 2017 étant donné que mes enfants auront grandit et que ma dernière réclame qu on redevienne une famille d accueil mais quand j ai rencontré la psy pour lui expliquer elle m’a dit que je devais tous repassé comme si c’était une première demande je trouve ça dommage étant donné que j avais cette agrément et j ai peur que la prochaine fois il me le refuse étant donné qu on as arrêté pour préserver nos enfants
    Mais je trouve que c’est un métier qui est passionnant

    1. C’est dommage qu’il y ait aussi peu de soutien et de compréhension envers les familles accueillantes… C’est un beau métier, mais c’est un métier difficile…
      J’espère que vous pourrez mener à bien votre projet de reprendre, je vous le souhaite de tout coeur!

A vous !

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