La mère qui surprotège

L’automne n’est pas une période facile pour moi… c’est comme cela depuis longtemps, je fais avec. Cependant, j’ai l’impression que CE début d’automne est particulièrement éprouvant. Beaucoup de choses remontent à la surface, pas forcément positives… Je dois faire le tri et essayer de ne pas y prêter trop d’attention. Il y a 3 ans, à quelques jours près, je sortais, dépitée et sidérée d’un rendez-vous avec l’enseignante de Tom. Je me souviens parfaitement de cette période pleine de doutes et de déceptions… des mots blessants que j’avais pu recevoir de la part de personnes, qui, je pensais, m’apporterait un peu de soutien, ou au moins une oreille attentive. Le comportement de l’enseignante de Tom n’avait RIEN de normal ni d’acceptable. Je le savais, je le sentais… mais comment empêcher le doute quand on sous-entend que ton enfant peut être le problème… qu’il n’a pas le choix et doit rentrer dans le moule car un jour il sera parachuté dans cette société normalisée. Quand on lit que la descolarisation ne serait pas forcément la solution, que ce serait une fuite… C’est dur. C’était dur et ce sentiment d’incompréhension ressort encore, aujourd’hui, trois ans après.

Pourquoi ?

Parce que mon fils est neuroatypique. Austiste hyperactif multidys. Ca envoie du rêve. Je sais que s’il devait un jour retourner à l’école pour quelque raison que ce soit, ce serait extrêmement compliqué. Et non, je ne crois pas du tout au “mais t’en sais rien, ça pourrait bien se passer !”… Vaste blague. Il me suffit de lire en diagonale ce qui circule sur les réseaux sociaux et parfois les échanges sur mon propre mur facebook pour être consciente que mon fils serait cet enfant qui dérange, cette “flèche” qui perturbe les autres… celui sur lequel on crache… J’ai travaillé en milieux scolaires, j’entends encore les mots qui se prononcent au portail… ceux qu’on confie en confidence aux animateurs dont je faisais partie, sans mesurer le poids qu’ils portent en eux. Mais comment les blâmer ? L’école n’est pas faite pour les profils différents. L’enfant atypique ne peut pas s’adapter à l’école et comme cette dernière ne s’adaptera que peu ou pas à lui… que faire ?

J’ai fait mon choix. Celui de nous passer de l’école. Je deviens alors la mère qui surprotège car elle refuse l’école, lieu suprême d’apprentissage de la vie en société. Je prive mes enfants des codes sociaux. Je leur enlève cette “chance” de pouvoir entrer dans les petites cases de la société pour leur vie de futur adulte. Peut-être. Et alors ?

Doit-on forcément entrer dans le moule ? Tant qu’on a intégré le respect de soi et des autres, pourquoi se conformer absolument à la “norme” ? Ne peut-on pas sortir un peu du rang ?

Je leur souhaite. De tout mon être, je souhaite à mes enfants de ne pas être aussi formatée et conforme que moi, alors que c’est à contre sens que ce que je suis, profondément. Ils ne vivent pas reclus et ont des amis avec qui ils ont tissé des liens forts. Ils côtoient, au quotidien, des personnes de tous âges et de tous horizons et apprennent, à chaque instant, les règles sociales. Même Tom, pour qui cet apprentissage est parfois bancal à cause de l’autisme. Là où l’école banalise trop souvent la violence, mes enfants apprennent que le respect appelle le respect, et que la violence ne résout rien. Si je les surprotège en ça, tant pis. Le monde n’est pas tendre comme on l’entend souvent. Je ne les préparerais pas à affronter cette réalité là, paraîtrait-il. Si, mais différemment. Je crois. Mais je n’ai pas envie d’épiloguer là-dessus aujourd’hui.

J’ai fait un choix de vie pour eux et pour nous, qui nous rend heureux et nous offre une belle liberté. Peut-être qu’elle dérange cette liberté et qu’il faut l’accabler. Même si j’ai des griefs contre l’école, je ne suis pas anti-école. J’ai simplement pris un autre chemin. Si, par ce dernier, je surprotège mes enfants, tant pis. Mes enfants sont épanouis, c’est tout ce qui compte. Ca n’empêche pas les doutes de s’immiscer encore dans mon esprit. Cependant, en cette période un peu difficile, moralement pour moi, je sens que des choses se dénouent. Je me libère de certaines attaches et débloque des barrières. Cela a une influence, positive, sur ma façon de regarder notre vie et nos choix éducatifs. Petit à petit, l’expression “en marge” commence à prendre tout son sens… mais sans aucune négativité. Au contraire.

Cet article est un peu brouillon et je ne sais pas si je suis arrivée là où je pensais en venir lorsque je l’ai commencé. Mais il traduit, un peu, ce qui se joue en moi. Et je sens que plus le temps passe et moins je ressens le besoin et l’envie de justifier nos choix. Je ne veux plus perdre de l’énergie. Peut-être que j’ai finalement le droit d’être la mère à contre courant.

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Maud

Maman multi-casquettes, un brin écolo et pratiquant l'instruction en famille. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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2 thoughts on “La mère qui surprotège

  1. C’est un très beau article que vous avez écrit là. A mon sens il n’y a que vous qui pouvait savoir ce qui est mieux pour votre fils, si c’est de faire l’école à la maison et bien soit. Vous faites de votre mieux et qui pourrait vous le reprocher ? D’ailleurs en quoi ça regarde les gens, tant que votre fils est en pleine forme et qu’il s’épanouit, tout va bien ! 🙂 La plupart du temps nous ne sommes pas bien à cause du regard des autres mais finalement si les personnes ont un jugement malveillant et critiquent seulement pour le plaisir alors ça ne vaut pas le coup de s’attarder sur eux. Certains par contre je pense sont juste maladroits et pensent bien faire, là je pense qu’il ne faut pas les blâmer. En se détachant du regard des autres et en faisant ses propres choix c’est comme ça je pense que l’on tend vers un meilleur bien-être. J’ai lu un livre qui m’a beaucoup fait réfléchir et je le conseille à 100%, il s’agit des 4 accords Toltèques. Peut-être que vous connaissez, sinon en gros voici ce qu’il est dit, 1) ne pas en faire une affaire personnelle, 2) que la parole soit impeccable, 3) ne pas faire de supposition, 4) faire toujours de son mieux. Rien que votre article et vos interrogations témoignent que vous souhaitez le meilleur pour votre enfant et que vous faites de votre mieux ! Et si on devait disparaître demain je suis sûre qu’on se dirait, quelle énergie j’ai gâché là en me faisant des nœuds au cerveau 😉 !

    1. Je connais les 4 accords Toltèques, j’ai beaucoup aimé d’ailleurs, même si leur application n’est pas toujours aisée 🙂 Tout comme lâcher prise et se détacher du regard des autres. C’est un long travail 🙂

A vous !

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