Ce garçon que je n’aurais jamais du rencontrer.

Depuis la naissance de Petit Girafon, notre vie de couple est vraiment entre parenthèse. Et si je m’en accommode plutôt bien, car je suis épanouie dans mon rôle de maman, je sens que cela commence tout de même à peser dans notre quotidien. Papa Girafe est un homme formidable. Il m’a supporté presque 9 mois avec une humeur massacrante à longueur de temps, avec ma libido descendue à -20, avec ce rejet de tout contact physique avec n’importe qui… Et puis, notre petite tornade est arrivée, avec lui la fatigue, les nuits sans sommeil, les journées sans pause… Voilà presque 9 mois de plus où nos relations intimes sont quasi inexistantes, où je suis une maman à 300%… où ça m’est vraiment difficile d’être en plus une épouse. Mais je vois bien que plus le temps passe, et plus mon cher et tendre le vit mal, bien qu’il ne dise rien… Il se renferme, et se sent délaissé. Comme je le comprends pourtant, et comme je culpabilise. 

Cependant, plus j’y pense, et plus je crois que si la fatigue y est pour quelque chose, ce n’est pas l’unique raison au fait que le désir soit absent pour moi, et que j’ai tendance à repousser Papa Girafe même lorsqu’il veut me faire un simple bisou.

Et je sais d’où ça vient. Vous me direz, le passé au bout d’un moment il faut le laisser où il est. Et c’est bien vrai. Et je pensais effectivement que c’était rangé, trié, oublié. Mais parfois, il y a des choses qui laissent des traces plus profondes qu’on l’aurait cru.

J’avais 15 ans, j’ai rencontré un garçon… c’était ma première vraie grande histoire d’amour, adolescente, innocente….naïve. Trop naïve.

Il s’est trouvé que ce garçon qui pouvait être si romantique, si poète, si bohème, si attentionné… était surtout un pervers narcissique, un manipulateur qui a brisé tout ce que j’étais en train de devenir.

Je n’étais jamais comme il aurait aimé que je sois, rien de ce que je faisais ou de ce que j’étais n’allait jamais. J’étais malheureuse, j’ai bien plus de mauvais souvenirs que de bons… et ma famille en était consciente. Mais pas moi, aveuglée par ses manipulations, par la culpabilité qu’il me faisait porter en permanence.

Et j’avais un peu plus de 15 ans, quand la première fois est arrivée. Trop tôt, bien trop tôt. Une première fois qui a été abominable. Je me suis sentie tellement forcée, tellement désaisie de moi-même. J’ai souffert le martyr, j’ai pleuré, j’ai tellement regretté… C’est un souvenir juste horrible… Une première fois ne devrait pas ressembler à ça. Et on ne le dit je crois pas assez aux jeunes filles si pressées, qu’une première fois peut conditionner toute la vie sexuelle future, réellement.

Ma vie sexuelle avec ce garçon par la suite n’a jamais été épanouie. Je la vivais même très mal. Je n’ai jamais ressenti de désir ou de plaisir, mais du dégoût… et du dégoût de moi-même, surtout. Je ne me suis jamais sentie libre dans cette sexualité, toujours forcée, accablée et culpabilisée.

Alors forcément, ça ne partait pas très bien…

Cette relation a duré 2 ans… Et quand enfin j’ai décidé de me défaire de ses griffes, je n’étais plus qu’une coque vide. Je ne savais plus qui j’étais, ce j’aimais et n’aimais pas, ce que j’avais envie de faire ou non… 

Non, ce n’est pas exagéré, aussi jeune que nous étions, ce garçon savait déjà manipuler et retourner toutes les situations à son avantage. J’étais semble t-il la seule à avoir mis tant de temps à le voir.

Et de cette relation s’en est suivi plusieurs années de dépression, de troubles alimentaires et de reconstruction, avec cette peur des contraintes et cette angoisse persistante des attentes des autres.

Quelques petites amourettes de-ci, de-là, mais rien de sérieux car je fuyais dès que je sentais ces fameuses attentes et ces « contraintes ».

Maintenant que j’ai trouvé celui qui m’aime vraiment et avec qui j’ai envie de passer le restant de ma vie, maintenant que je suis maman et que j’aime ce rôle qui était fait pour moi… Je pensais que cette partie de moi était définitivement rangée, archivée. Mais il faut croire que le passé est résistant!

Je ne l’avais peut-être que juste camouflé… peut-être serait-il temps que je m’occupe de chasser ces démons pour de bon ?

Je ne sais pas, mais il va falloir que je prenne sur moi, pour le bien-être de notre couple, et pour tout l’amour que je porte à Papa Girafe. Car notre couple a besoin d’un nouveau souffle.

Enfin, si j’ai écrit cet article si personnel, ce n’est pas pour faire ma thérapie, non. C’est parce que j’aimerais aussi que mon expérience puisse donner le courage à tous les parents que nous sommes, de dire à nos enfants qu’une première fois c’est tellement important… et que cette première fois, elle peut attendre, qu’on n’est pas obligé de faire comme les autres, qu’on n’est pas obligé de dire oui, même si l’autre ne comprend pas. Qu’une première fois ratée et mal vécue peut réellement transformer la vie sexuelle future en quelque chose de contraignant, de difficile où on n’est absolument pas épanoui.

A l’heure où l’âge de la première relation intime est de plus en plus jeune, je crois qu’il serait bon d’en parler vraiment avec les jeunes, de mettre de vrais mots sur tout ça, de leur permettre de s’exprimer…

Bref. C’était mon article très personnel… Ca m’a coûté de le rédiger, mais c’était important.

Maud
Suivez-moi!
Les derniers articles par Maud (tout voir)

14 thoughts on “Ce garçon que je n’aurais jamais du rencontrer.

  1. Je suis très touchée par ton témoignage, je comprend mieux certaines conversations que nous avons eu… Avec le temps et l’amour que vous avez l’un pour l’autre, je suis sûre que vous allez trouver votre équilibre de couple. Tu as fait un grand pas en témoignant de cette façon, tu exorcises tes vieux démons, tu avances. C’est vraiment très courageux de ta part… Je t’embrasse bien fort.

    1. Je savais que cette histoire occupait une place importante dans la personne que je suis devenue, mais je me voilais un peu la face, je ne pensais pas que ça laisserait autant de trace, mais l’adolescence est une période compliquée!
      Il faut seulement du temps et de la bienveillance envers soi même 🙂

      Bisous!

  2. Tu as eu beaucoup de courage d’écrire ceci, j’espère que cette extériorisation t’aidera un petit peu, de toute façon tu es déjà dans la démarche pour t’en sortir tu as fait un premier pas. Moi aussi je te recommande beaucoup de dialogue avec Papa Girafon. Il est super patient, il t’aime, il te comprendra. Si tu le souhaites tu peux te faire aider pour mettre cette histoire définitivement dans un tiroir de ta mémoire, elle sera classée et ne te fera plus souffrir. Courage à toi et plein de bonheur. Bises

  3. Bravo … bravo tu es enormement courageuse de dévoiler ce que tu as au plus profond de toi ici.
    tu dit que ce n’ai pas une térapie de l’ecrire et pourtant je suis persuadé que ca a du te faire quand meme du bien d’en parler .
    Maintenant tu a la volonté que les choses change donc baisse pas les bras les choses changerons pour toi ca mettra peut etre du temps mais tu y’arrivera.
    Il faut que tu es le dialogue ouvert avec papa girafon sur cela ca t’aidera beaucoup aussi et lui aussi.
    Tu sais que si tu as besoin je suis la pour toi.
    Gros bisous copinette.

    1. Oui d’écrire ça permet d’extérioriser, même si on dévoile sa plus profonde intimité à des dizaines de parfaits inconnus!
      Et ça m’a aussi permis d’ouvrir les yeux sur quelque chose qui m’a peut-être manqué dans ma propre éducation, et à laquelle j’essaierais d’être vigilante pour celle de mes enfants 🙂

  4. Très touchant … tu as tout à fait raison, malheureusement je crois qu’à cet âge on pense tout mieux savoir que les parents et même si on explique tout ça avec les bons mots ils ne vont pas forcément nous écouter …
    J’espère que tu vas guérir ! Bon courage !

    1. Je suis tout à fait d’accord avec toi !
      Je voulais te dire aussi que j’avais mis 16 mois à retrouver une vie de femme en plus de celle de maman …

    2. Oui c’est certain, à cet âge on n’en fait qu’à sa tête… Mais je pense que parfois en tant que parent on n’ose peut-être pas parler de sa propre expérience.
      Sans avoir besoin de rentrer dans les détails, savoir ce qu’ont vécu sa mère ou son père, peut je crois, interpeller nos ados même rebelles.

      J’ai travaillé en collège, et auprès de lycéens, et malgré tout la sexualité est un sujet qui les questionne énormément… alors qu’ils donnent l’impression de tout savoir, ils sont souvent en manque de repères à ce niveau là…

    3. Je te souhaite de te reconstruire, peut etre devrait tu aller consulter un psy pour qu’il puisse t’aider a trouver ton chemin, et pourquoi un sexologue 😉 bisous et courage, Moi de mon coté j’ai eu une maman (et un papa) formidable pour ça, elle m’a mise en garde tres jeune quand aux demande des graçon « fait attention, les garçon ça ne pense qu’a ça », du coup je flirtais mais ca n’allais jamais plus loin, si il insistai, je rompai, jusqu’a ce que je rencontre Pierre-Alain a 22ans,et que j’ai su que c’etait lui, l’homme de ma vie, le seul.

    4. Oui, c’est important le témoignage des parents… Mes parents sont très ouverts mais très pudiques sur ce sujet.
      Après, j’étais aussi très manipulable à cette époque, je ne savais dire non à rien. Mais oui, trouver un thérapeute pour m’aider à passer définitivement ce cap serait une vraie bonne idée 🙂

  5. Je ne te comprends que trop bien pour avoir également croisé la route du même genre de garçon dans ma jeunesse… Ajd notre vie de couple avec le papa de Matou est également compliquée même si j’essaye de plus en plus de faire des efforts. Mais ne culpabilise pas trop, la première année d’un bébé on est avant tout une maman…

  6. J’ai les larmes aux yeux en te lisant. J’aurais tellement aimé pouvoir t’aider plus a ce moment. Pouvoir te sortir de ça. Mais a 15 ans on ne peut pas imaginer que ce ne sera pas le prince charmant.

    1. A ce moment là tu as été présente comme pouvait l’être une amie 🙂
      Et comment savoir que ça aurait pu avoir tant de répercutions encore si tard?

A vous !

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.