Tu vas peut-être trouver cet intitulé étrange. Tu ne m’attends pas pour grandir. C’est bien vrai, ces trois années sont passées si vite. Mais, en fait j’ai tellement à dire dans ce “prendre le risque de te laisser grandir”. Tu prends des centimètres à vitesse grand V, tu fais sans arrêt de nouvelles acquisitions sans que je n’y sois pour rien du tout. Tu t’affirmes, tu découvres. Oui tu grandis, souvent sans que j’ai le moindre mot à dire.

Pourtant, prendre le risque de te laisser grandir, c’est tellement plus.

C’est te laisser expérimenter, éprouver des chagrins, faire des erreurs, tomber et te relever. C’est te laisser escalader le grillage, le coeur au bord du suicide. C’est te regarder faire des roulades sur le canapé en croisant les doigts pour que ta tête ne finisse pas par embrasser le carrelage. C’est lâcher ta main parfois quand on se promène et te faire confiance. C’est accepter que tu sois tout près de moi quand je cuisine, même si quelque chose mijote sur la plaque. C’est te voir revenir les mains toutes noires car tu as voulu “aider” ton papa à bricoler la voiture. Oui, c’est tout ça et tellement plus encore. Prendre le risque de te laisser grandir, c’est accepter de perdre le contrôle et te faire confiance (même si bien sûr, je suis toujours là pour veiller sur toi).

Mais, prendre le risque de te laisser grandir c’est aussi accepter de t’exposer à ce monde en perdition. Accepter qu’un jour ou l’autre tu seras confronté à la violence extérieure, à ces gens qui blessent par pur accès de rage, à ces gens qui tuent pour des idéologies obscures, aux jugements et au manque d’empathie. C’est accepter que tu souffres, que tu connaisses des échecs et des chagrins. Oui, c’est accepter de te livrer au tourbillon de la vie. De cette vie qui est rarement un long fleuve tranquille.

Comme toute maman, je crois, parfois je voudrais tant préserver ton innocence. Je voudrais t’offrir une bulle dans laquelle rien de négatif ne pourrait t’atteindre. Cependant, cela est impossible (heureusement?). Je ne suis pas une adepte du “endurcir l’enfant car la vie est dure”. Non. Mais j’essaie de te guider en te laissant suffisamment de liberté pour que tu appréhendes cette vie et ses difficultés. C’est vrai qu’à 3 ans, la vie est belle. En tout cas, de notre oeil d’adulte. C’est vrai que tes chagrins, tes frustrations, tes colères peuvent parfois me sembler dérisoires. Et pourtant. Pourtant, par la manière dont je parviens à gérer la distance de l’élastique qui nous lie, tu apprends. Tu apprends à trouver des solutions par toi même, tu apprends à ouvrir ta réflexion, à gérer tes explosions émotionnelles.

Ce n’est pas toujours simple pour moi de te laisser grandir. Souvent j’ai peur. Mon coeur menace de se décrocher ! J’essaie d’être toujours là pour amortir tes chutes (physiques ou non) sans devenir un pansement trop envahissant. Ce n’est pas si facile, mais j’ai l’impression que c’est ainsi que tu appréhenderas la vie et que tu parviendras à développer les capacités d’adaptation nécessaires à ce monde en perdition.

Alors mon petit garçon, si je fais souvent des erreurs, si parfois j’ai trop peur pour te laisser la liberté dont tu aurais besoin à un instant T… sache que j’essaie sans cesse de faire au mieux et que la maman qui a peur au fond de moi a elle aussi besoin de grandir.

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Maud

Maman blogueuse pro allaitement, maternage et éducation positive, pratiquant l'instruction en famille. Rédactrice web et traductrice. Résolument optimiste, j'espère vous transmettre ma bonne humeur et ma douceur!
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