Lettre ouverte à Monsieur le Président #TouchePasAmonIEF

Cher Président,

Je doute que vous voyiez un jour cet écrit, je ne pense pas que vous connaissiez Maman Mammouth, mais peut-être que ma lettre sera diffusée et alertera les consciences.

Votre annonce du vendredi 2 octobre 2020 nous a fait l’effet d’une douche froide, d’une véritable bombe. Personne ne s’y attendait, et entre peurs et angoisses, c’est le branle-bas de combat au sein des associations mais également dans la communauté des parents ayant choisi l’instruction en famille. Est-ce que le nombre d’enfants instruits en famille vous a paru si énorme cette année qu’il justifie que vous nous retiriez ce droit ? Pensez-vous vraiment qu’il ait augmenté à cause d’une hausse de la radicalisation ? Auriez-vous oublié le contexte Covid ? … Avez-vous oublié la loi instaurant l’instruction obligatoire à partir de 3 ans, qui a refroidi quelques parents qui auront préféré faire école à la maison ? Je doute que vous ayez omis cela.

Cependant, comprenez que nous nous trouvons actuellement dans une totale incompréhension. La radicalisation de quelques uns mérite t-elle de sanctionner tout le monde ? Cela mérite t-il un projet de loi anticonstitutionnel et liberticide ? Est-ce qu’une telle loi règlera le problème ? Permettez-nous d’en douter.

Si votre projet de loi était adopté, serez-vous en capacité d’en assumer les conséquences ? Nous imaginons que vous avez prévu les infrastructures pour accueillir 50 000 enfants supplémentaires, que vous avez prévu d’augmenter le nombre d’enseignants en poste, d’ouvrir des classes, d’allouer un budget suffisant pour rémunérer les AVS supplémentaires qui seront nécessaires. Les enseignant.e.s seront eux aussi accompagné.e.s, aidé.e.s, encouragé.e.s n’est-ce pas ? Il est évident que vous avez également pensé aux enfants en situation de handicaps qu’il faudra accueillir et accompagner comme il se doit… Si beaucoup sont, aujourd’hui, instruits en famille, ce n’est pas toujours par choix. Et pour ceux, pour qui c’était un choix éducatif, un choix de vie, nous voudrions être certains qu’ils auront accès à une éducation égalitaire et inclusive. D’ici la rentrée 2021, vous aurez bien entendu le temps de prévoir cela, n’est-ce pas, Monsieur le Président ? Car, ce sont nos enfants ! Nous souhaitons le meilleur pour eux, comme chaque parent !

Levez cette incompréhension, Monsieur le Président, expliquez-nous, sans langue de bois, les vraies raisons qui vous poussent à faire un bras d’honneur à la Constitution et à la Déclaration des Droits de l’Homme qui énonce :

Article 26  – “Les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants.”

Pourquoi bafouer ce droit ? Pourquoi nous retirer cette liberté ? Que reprochez-vous à nos enfants ? A nous parents ? Ne sommes-nous pas capables d’instruire nos enfants, de savoir ce qui est bon pour eux, d’écouter leurs besoins et leurs envies profondes ? Et si nos enfants refusent d’aller à l’école ? Si cela n’a aucun sens pour eux, allons-nous devoir les y mettre de force quitte à faire naître un profond malêtre ? Les psychologues scolaires seront-ils.elles en mesure de les aider à s’intégrer sans dommages ? Et ceux qui souffrent de phobie scolaire, qui ont vécu le harcèlement, jusqu’à parfois, intenter à leur vie… Comment vont-ils vivre cette obligation de retourner sur les lieux de leurs angoisses ? J’ose espérer, Monsieur le Président, que vous avez, bien entendu, pensé et mesuré tout cela. Car il s’agit de nos enfants ! Et nous voulons le meilleur pour eux, nous les voulons heureux et épanouis, comme chaque parent !

Nos enfants apprennent autrement, c’est vrai. Ou plutôt, différemment. Ils évoluent dans un autre cadre que celui de l’école. Mais, ils ont aussi des rêves, des aspirations, des passions parfois dévorantes qui les poussent, eux aussi, à se surpasser. Leur différence d’instruction n’est en rien un handicap ! Ne pourrait-on imaginer un monde où l’instruction à l’école et celle à domicile cesseraient de s’opposer mais seraient plutôt complémentaires ? N’y a t-il pas d’autres moyens de lutter contre le séparatisme et la radicalisation ?

Entendez, Monsieur le Président, que notre choix ne fait pas de nous des personnes anti-école. Nous avons simplement souhaité emprunter un autre chemin, pour diverses raisons, qui sont propres à chaque famille et à chaque enfant. Ne nous privez pas de cette liberté. Si ce droit est bafoué… Comment pourrons-nous encore croire à la démocratie ? Comment pourrons-nous y croire encore suffisamment pour en inculquer les principes à nos enfants ? Comment pourront-ils encore croire en leur pays… pays des Droits de l’Homme, si ces derniers sont piétinés ? Nos enfants méritent mieux. Avez-vous demandé leur avis à tous ces enfants et adolescents instruits en famille ? Avez-vous fait la démarche de les rencontrer pour savoir ce qu’eux, veulent véritablement ? Pour comprendre ce qu’ils vivent, pour apprendre d’eux ?

Depuis vendredi, nous essayons de vivre normalement malgré le choc de votre annonce. Nous devons sourire avec cette sourde angoisse qui nous serre la gorge à la seule pensée de l’avenir de nos enfants. Vous souhaitez incarner le Président du changement. Ce changement doit-il se faire en bafouant les droits de vos citoyens, en réduisant comme peau de chagrin leurs libertés ?

Sachez, Monsieur le Président, que nous nous battrons. Nos enfants avec nous, nous nous battrons. Et si ce combat, vous ne l’entendez pas, nous ne plierons pas. Beaucoup d’entre nous quitterons le navire, nous partirons vers un ailleurs plus respectueux de nos droits. Nous ne plierons jamais. Ces 50 000 enfants que vous voulez mettre sur les bancs de l’école, ont des parents prêts à défendre leur instruction, et leurs libertés. Nous serons nombreux, nous ne lâcherons rien. Nous saurons faire porter notre parole, nous parviendrons à fédérer autour de cette liberté à maintenir ! Sachez-le, Monsieur le Président.

 

La Famille Mammouth

***

A vous qui me lirez, merci pour votre indulgence. J’ai écrit ce texte avec mon coeur, en essayant de me défaire de cette rage qui m’habite. Il n’est pas parfait, il est plein d’émotion… j’ai essayé qu’il ne soit pas trop agressif… mais j’ai peut-être failli à cet objectif. Ne m’en tenez pas rigueur s’il-vous-plaît. J’ai fait de mon mieux. Si ce texte vous parle, commentez, partagez… Que vos enfants aillent à l’école ou soient instruits en famille, soutenez ce combat, pour nos libertés, mais surtout pour les libertés de nos enfants. Ils méritent mieux ! Leur vie, leur avenir vaut mieux que tout ça. Ils ont droit au choix. Ne voyez pas dans ce texte un débat pour/contre l’école. Je n’ai jamais été contre. Ma grand-mère était enseignante, ma mère l’est, mon petit frère va le devenir ! J’éprouve énormément de respect pour ces métiers de l’enseignement… J’ai même souhaité devenir professeure 🙂 Nous avons simplement choisi un autre chemin, mais rien n’est figé, et nos enfants grossiront peut-être un jour les rangs de l’école. Nous souhaitons simplement conserver ce droit, cette liberté de choisir.  Merci à tous.tes qui nous témoignent déjà tant de soutien ! Ensemble nous pouvons déplacer des montagnes !

Maud
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12 thoughts on “Lettre ouverte à Monsieur le Président #TouchePasAmonIEF

  1. Mes enfants sont scolarisées, mais j’espère qu’ils vont faire marche arrière. L’école ne convient pas à tous les enfants et l’éducation reste le choix des parents.
    De toute manière, tout ça reste encadré, avec des inspections et tout… Les dérives de quelques-uns ne doivent pas pénaliser tout le monde, c’est trop dommage…

    J’espère vraiment que toute cette mobilisation fera comprendre au gouvernement que ce n’est pas une bonne idée…

    1. Oui, nous sommes contrôlés… et de plus en plus sévèrement… J’espère vraiment que le gouvernement n’avancera pas tête baissée sans se soucier des dégâts collatéraux…

  2. Bonsoir à tous et à toutes…
    Nous pratiquons l’ief depuis toujours, j’ai 5 enfants et aucun n’a mis les pieds dans une école et l’aîné a 14 ans!
    Bizarrement je ne peux pas dire que j’ai choisi l’ief c’est venu comme ça, d’abord parce que la réunion des petites sections de maternelle au temps de mon aîné m’a traumatisée! La directrice et les 2 maîtresses de PS nous ont accueilli avec des interdits: interdit les chaussures à lacet, interdit les boucles d’oreilles, interdit les pipi dans la culotte, interdit les doudous à la sieste et les tétines c’est papa Noël qui va les prendre en décembre donc interdit à partir de janvier….bref un accueil si chaleureux que j’en ai encore la chaire de poule . Je suis rentrée à la maison en pleurant !
    Puis à cette période je suis en deuil,
    j’ai perdu ma maman et mon grand grand-père en à peine quelques mois… et je suis également en congé parental pour 2ans encore….
    mon mari qui est originaire de Tunisie (où là bas la maternelle n’existe pas ) me dit simplement ” ben pourquoi tu te prends la tête garde le à la maison avec son frère ! ” quoi !? ben oui pourquoi je n’y ai pas pensé toute seule !
    Et voilà l’ief est entré dans notre vie et j’en suis totalement tombée amoureuse…
    Et la vie m’a offert la chance de pouvoir continuer car ce CHOIX est vraiment un cadeau.
    Aujourd’hui je suis comme vous, littéralement tombée de mon cocotier avec le sentiment d’une double sanction :
    La première d’être privé du libre choix d’instruction de nos enfants.
    La seconde de se sentir responsable de vous priver ce libre choix. Car étant de confession musulmane cette annonce aussi ciblée ne nous donne comme sentiment que d’être fautif…mais fautif de quoi ? Je cherche encore la réponse.
    En tout cas il faut rester uni et effectivement se battre non pas pour nous, mais pour la liberté, celle de nos enfants plus tard.
    Sincères amitiés fraternelles.
    Olivia

    1. Merci pour votre témoignage qui est vraiment touchant. Ici mon fil a essayé l’école, un peu sous l’insistance de son papa… Quel fiasco ! En 3 mois de PS il a fini en phobie scolaire, ça l’a marqué à vie… Il était donc naturel que sa soeur n’essaie même pas, de toute façon l’école ça n’a aucun sens pour elle. Elle a 4 ans, son frère est déscolarisé depuis quasiment 4 ans… C’est juste devenu notre mode de vie 🙂
      Dans cette annonce, au-delà de cette épée de Damoclès au-dessus de nos libertés, ce qui me peine énormément c’est cette nouvelle stigmatisation de toutes les personnes de confession musulmane. Je n’ai jamais compris un tel acharnement. J’ai ce sentiment amer que l’islam devient une excuse à tout : bafouer nos liberté, assumer son racisme et sa haine des autres… l’Histoire ne nous apprend donc rien ?
      Bref. Je suis doublement peinée et en colère.
      Je vous envoie tout mon soutien et toute mon amitié ! Merci d’avoir laissé une trace ici !
      A bientôt !
      Maud

  3. Merci de mettre des.mots sur ce que je ressens. J essaye depuis hier d écrire aussi et ça ne vient pas. Trop de rage, de peur. Peu de sommeil cette nuit .je partage bien sûr
    Courage à vous

          1. Je suis professeure des ecoles et choquée, outrée de cette décision. J’ai vraiment cru mal comprendre…
            La plupart des familles choisissant l’ief n’ont rien a voir avec une radicalisation, ce sont juste des parents qui veulent donner le meilleur a leurs enfants, c’est vraiment nous faire gober n’importe quoi ! Je comprends et partage votre rage…
            On va donc entasser 50 000 enfants de plus dans des classes surchargées et des profs au bout du rouleau… Au sein de l’éducation nationale, on a déjà commencé à nous forcer la main pour l’application de la même méthode pour tous (je pense en particulier à l’apprentissage de la lecture !).
            Ca me fait vraiment peur sur l’avenir de l’éducation de nos enfants

A vous !

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