J’ai eu envie de lâcher la barre

J’ai écrit et effacé plusieurs fois cet article. J’ai longuement hésité à le publier. Parce que c’est intime, parce que je ne savais pas si je pourrais supporter les éventuels jugements et conseils non sollicités. J’avais peur qu’on me fasse la morale, peur du regard d’autrui finalement. Maintenant que je vais mieux, j’ai envie de l’écrire cet article. J’ai envie de les poser ces maux, parce que je sais que je ne suis pas la seule.

« J’suis pas tout seul à être tout seulÇa fait d’jà ça d’moins dans la têteEt si j’comptais, combien on estBeaucoupTout ce à quoi j’ai d’jà penséDire que plein d’autres y ont d’jà penséMais malgré tout je m’sens tout seulDu coup

J’ai parfois eu des pensées suicidairesEt j’en suis peu fierOn croit parfois que c’est la seule manière de les faire taireCes pensées qui nous font vivre un enferCes pensées qui me font vivre un enfer »
(L’enfer – Stromae)

Quand j’ai entendu cette chanson la première fois, elle m’a percutée de plein fouet. Elle m’a troué le bide, tant elle semblait parler de moi. De moi, avant… plusieurs années en arrière, mais surtout de moi à cet instant. Je traversais une période difficile, qui ne s’est pas améliorée pendant de longues semaines. Et j’ai eu très envie de lâcher la barre, d’abandonner le navire. Je n’avais plus envie. Plus envie de porter le quotidien, d’être les épaules de mon foyer. Tout me semblait trop lourd. Chaque matin qui se levait était terrible, car il allait falloir que je me lève, que je branche le mode automatique et que je fasse comme si rien n’allait mal, comme si j’était « juste un peu fatiguée ». Alors que c’était bien plus profond que cela.

Et pourtant, des phases dépressives, j’en ai eu depuis mon adolescence. Beaucoup. Cependant, je n’ai jamais ressenti un tel mal être au plus profond de moi, une telle envie de fuir la vie. Le repli sur moi-même, ça je connaissais. Le besoin de solitude extrême. Cette envie de ne voir personne, de ne rien faire… ça je connaissais. Mais ce sentiment si fort de ne plus vouloir exister… Ca n’était jamais arrivé. J’ai donc très vite su que ce n’était pas juste un bas de vague mais une abîme dans laquelle j’étais tombée.

J’ai pris rendez-vous plusieurs fois chez la psychologue, pour finalement annuler. Je lui ai écrit plusieurs fois des mails que je n’ai jamais envoyés. Je n’avais même pas une once d’énergie pour me faire aider. Ca aussi, ça me paraissant bien trop lourd, trop pesant. Alors j’ai attendu.

Attendu que ça passe, peut-être. J’ai essayé de faire bonne figure, j’ai mis mon masque… même s’il a montré quelques fissures.

Je me souviens parfaitement des mots qui sont sortis de mes tripes pendant une dispute avec mon mari, alors que nos enfants étaient couchés.

« J’ai envie de mourir ! Tu n’imagines pas l’énergie que ça me demande de rester en vie ! »

Evidemment, ça l’a blessé. Evidemment il en a été très en colère, et je comprends. C’est sorti tout seul, brutalement, sans filtre. C’est tout mon mal être qui s’est retrouvé dans ces mots violents. J’étais au bout de tout. Je n’en pouvais plus. Chaque jour était un combat contre moi-même, un combat pour essayer de garder la tête au-dessus de l’eau alors que j’étais tentée de me laisser aspirer par le fond. Pourtant, ce n’est pas tellement que j’avais envie de mourir… c’est juste sorti ainsi. C’était plutôt comme une envie de ne plus être. Ca peut sembler être la même chose, mais il y a une différence et il m’est difficile de mettre en mots la subtilité que je voudrais y mettre.

Mais, comme chaque fois que j’ai des mauvaises passes, je ne sais pas quelle force intérieure me permet de ne pas sombrer totalement. Apparemment, mon être en perdition a trouvé la force, encore une fois, de me sortir de là. Et tant mieux.

« Tu sais j’ai mûrement réfléchiEt je sais vraiment pas quoi faire de toiJustement, réfléchirC’est bien l’problème avec toiTu sais j’ai mûrement réfléchiEt je sais vraiment pas quoi faire de toiJustement, réfléchirC’est bien l’problème avec toi »

J’aurais pourtant pu, facilement, laisser tomber. J’ai des boîtes et des boîtes de médicaments prescrits pour mes douleurs, qui ne font aucun effet sur elles, mais qui peuvent être létaux en cas de gros surdosage. Je le savais. Mais ils sont restés à leur place. J’ai juste attendu. Il n’y a rien d’héroïque dans mon attitude. Je n’ai rien fait pour aller mieux, vraiment rien, je n’en avais pas l’énergie. J’ai juste attendu en continuant à faire semblant de vivre. Au fond de moi, j’étais comme un immeuble dont les lumières s’éteignent étage par étage. J’étais éteinte.

Pourtant, aujourd’hui, ça va mieux. Je n’ai rien fait pour. Ca va juste mieux. Est-ce que cela durera ? Je n’en sais rien. Je l’espère. Je ne sais pas si je peux dire que ça va « bien ». Mais ça va « mieux », ça c’est indéniable. C’est déjà assez. Ce n’est pas quelques chose de simple de vivre avec une santé mentale fragile. J’ai appris à vivre avec, car la mienne est fragile depuis l’enfance. J’ai appris à vivre avec, mais aussi à vivre contre, et à ne surtout rien montrer, ou très très peu. Juste laisser entrapercevoir des poussières quand mon masque fissure un peu. Il y a de la honte derrière tout cela, c’est certain. Mais pas seulement. Il y a aussi ce souhait de ne pas déranger les autres, de ne pas embêter avec mes états d’âmes… de ne pas préoccuper les autres. Et puis, il y a la peur du jugement, la peur de décevoir, de ne pas être à l’image attendue. Ca, c’est un travail de longue haleine. J’ignore si je l’aurais terminé un jour. Toujours se conformer est épuisant.

Finalement, il est tout de même émergé des petites choses positives de ces semaines de désarroi. Comme si certains verrous avaient sauté, sans que j’y sois pour rien. Je m’en suis rendue compte, en allant mieux. Est-ce que ça durera ? Je n’en sais rien, mais je prends quand même. Pour autant, je n’espère pas revivre ça. J’ose croire qu’il y a une force de vie en moi, qui est hors de mon contrôle et qui finit toujours par me hisser au-dessus des turbulences.

Je ne suis pas une personne chez qui la dépression se voit. Sauf si je la laisse entrevoir. Je sais faire semblant. Je sais même très bien le faire… des années de pratique. Pourtant, avec le temps, cela devient difficile de maintenir l’apparence. Ca demande une énergie que j’ai de moins en moins. Et en même temps, j’ai beau travailler sur moi, faire des thérapie (j’en ai plusieurs derrière moi), essayer d’autres biais pour « guérir »… ça revient toujours, comme un boomerang. Sans raison particulière, mais toujours sur fond de grosse fatigue générale, de grand épuisement. Epuisement psychique, social, physique…

Bref, j’ai écrit un pavé. Aujourd’hui, je crois qu’il est important de parler de santé mentale pour cesser de rendre cela invisible et de minimiser. Il y a une idée de « faiblesse » derrière une santé mentale fragile… Alors que c’est tellement l’inverse ! Il faut tellement de force pour rester debout, pour continuer la route lorsque tout part en vrille dans sa tête. Et parfois ça ne suffit pas. Il n’y a aucune lâcheté dans le fait de préférer abandonner le navire. Il n’y a parfois pas d’autre issue envisageable. On ne devrait pas juger. T’as beau « tout avoir pour être heureux.euse »… Avoir n’est pas Être.

Jusqu’à maintenant, j’abordais cette thématique de la dépression par petites touches de-ci de-là. Aujourd’hui, j’ai eu envie d’y aller avec de gros sabots. Je ne suis pas à la recherche de compassion, j’avais juste envie d’en parler. J’aimerais aussi ne pas recevoir de conseils ou de solutions. Et si l’ombre d’un jugement vous venez au bout des doigts, gardez-le pour vous. Si vous me connaissez dans la vraie vie, ne me reparlez pas de cet article en face à face. Il y a encore, pour moi, un grand cap entre écrire et parler de vive voix… et pour l’instant, je ne suis pas capable de franchir ce cap 😉

Ca va mieux et c’est tant mieux 🙂
Maud
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