Ce que j’apprends de toi.

Cela faisait plusieurs mois que tes explosions semblaient plus modérées. Pourtant, aujourd’hui tu m’as tapée. Tu m’as griffée, tu m’as craché dessus. Je sens encore la brûlure de ta main sur ma joue. J’ai eu mal. Au coeur surtout. Pas à cause de ta violence, mais parce que je n’avais pas su anticiper le bouillonnement en toi. Heureusement, nous étions dans un cadre sécurisant. Je savais que les personnes présentes ne nous jugeraient pas, ne feraient pas de toi un enfant tyran et capricieux, et de moi une mère laxiste. Alors, j’ai pris le temps de te contenir fermement, pour t’empêcher de me faire mal, et de te faire mal. J’ai attendu que ton corps se détende et que tu tombes en sanglots, ton nez enfoncé dans mon cou. Je t’ai dit que j’entendais ta colère, mais que je n’acceptais pas cette violence envers moi. Tu es resté longtemps, là, le nez dans mon cou. Et puis ta soeur est arrivée, sur ses petites jambes, avec son sourire et sa joie de vivre. Elle s’est approchée de toi pour te faire un bisou, elle a collé sa tête à ton épaule. J’ai retenu mon émotion. Tu es reparti jouer. Vidé, délesté d’un poids.

Ton hypersensibilité est difficile à cerner parfois. Je sais que tes sens sont plus développés que beaucoup de gens. Mais, je n’avais pas compris toute la complexité que représentent pour toi les interactions sociales. Pourtant je t’observe… mais j’en apprends toujours. Je sais bien que tu trouves difficilement ta place dans un groupe. C’est compliqué pour toi de jouer à plusieurs, de comprendre les règles de ces jeux où il y a des « clans », des « méchants » et des « gentils »… ça ne te parle pas je crois. Tu es perdu dans ces moments là, et contrarié aussi. C’est difficile pour toi de « partager » un copain quand tu l’apprécies vraiment. Tu t’isoles, tu te sens un peu rejeté je crois, de ce que j’entends de tes « il ne veut pas jouer avec moi ». Alors, tu tentes de retourner jouer dans le groupe… mais je vois bien que ça n’a rien de simple pour toi. La tension s’accumule.

Aujourd’hui, tu étais trop plein. Tu as explosé. A cause d’un simple bâton que je t’ai demandé de poser dans la poussette pour aller jouer. Tu a perdu pied. J’ai été le réceptacle de cette colère, de toutes ces émotions et de toute cette tension accumulées. Je sens encore tes mains qui griffaient mon cou. Je te vois t’agripper à moi quand je voulais m’éloigner pour reprendre mon souffle. J’ai ressenti ton désarroi.

Chaque jour qui passe j’apprends à te comprendre d’avantage. Et je comprends mieux les situations qui peuvent être inconfortables pour toi. Et j’apprends. A trouver les mots, pour te réconforter, pour que tu puisses exprimer ton désordre intérieur. J’apprends à t’accompagner pour que tu puisses trouver des stratagèmes pour mieux vivre ces moments d’interactions sociales difficiles. Parce que non, la solution n’est pas d’éviter cela, mais je pense, de t’aider à mieux les vivre.

Quand j’écris ces mots, mes mains tremblent un peu. Ma gorge s’assèche. Parce que, ce que j’apprends de toi résonne en moi. Le chemin sera encore long et cabossé, mais j’espère pouvoir t’aider à faire de ton hypersensibilité une force. J’espère que tu ne passeras pas autant d’années que moi à la subir.

C’est tellement compliqué d’être ta maman souvent. Mais tellement riche aussi.

Je t’aime mon petit garçon intense.

Maud
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27 thoughts on “Ce que j’apprends de toi.

  1. oh là là oui, comme c’est dur d’être maman d’enfants ultra sensible et d’être le réceptacle de toutes les émotions ! J’en fait l’amère constat tous les soirs au sortir de l’école et x2, car mes deux chouquettes sont des ultra émotives… D’un autre côté, parfois je me dis que c’est énorme d’être LA personne qui leur permet de se vider et de reprendre une vie apaisée… parfois ça me fait vraiment mal… Le plus dur c’est de retomber, de retrouver notre calme à nous… eux finalement, arrive à passer plus vite à autre chose, ils sont vidés et hop ils repartent, mais nous, on reste là en plan, en colère, en larmes… je t’envoie tout plein de chaudoudoux Maud, je comprends tes questionnements !!!

  2. Ici aussi, je me retrouve souvent dépassée par ses accès de violence. C’est surtout moi qu’elle tape ou sur qui elle crache, rarement son père. Je lui explique toujours que je l’entends mais que je ne veux pas qu’elle me tape, par contre, je ne savais pas pour le fait de la contenir. J’essayerai la prochaine fois…
    Et comme toi aussi malheureusement, ça m’arrive de craquer, entre la fatigue et le stress du boulot, j’ai parfois du mal à gérer. Ça allait mieux cet été. Mais avec la rentrée, j’avoue que c’est à nouveau plus difficile…

    1. Je t’envoie plein de chaudoudoux et d’ondes positives <3

      Je sais comme c'est difficile à vivre parfois cette violence dirigée contre soi. Surtout avec la fatigue du quotidien... Je me rassure souvent en me disant que c'est parce que je suis sa figure d'attachement, et qu'avec moi il n'a pas peur d'exprimer ses émotions... même si parfois c'est de façon démesurée...
      Pour la contention, cela ne fonctionne pas à chaque fois, mais dans des moments de grosse crise, cela permet d'opposer une résistance à l'enfant, qui physiquement "butte contre" quelque chose... Physiquement c'est assez éprouvant, mais relativement efficace pour faire redescendre la pression 🙂

  3. Pas simple de rester zen dans ses moments là et de faire face aux regards extérieurs.
    Avec mes fils, j’en ai vécu des situations du genre. Ma fille n’a jamais eu besoin d’exploser comme ça, heureusement (enfin maintenant elle a trop d’empathie et c’est parfois un souci aussi dans ses relations sociales).
    Les maîtresses de maternelle de mon Chichi avait bien cerné son hypersensibilité et l’ont bien accompagné durant 4 ans (il a fait une TPS). Maintenant il est épanoui (même si en ce moment il a besoin de déchargé après l’école et me parle parfois vraiment mal)
    Mon grand de 13 ans reste très sensible lui aussi et ce n’est pas simple de le comprendre, encore moins avec les hormones en ébullition. Il déteste les injustices et peut se mettre dans un état pas possible quand il juge qu’il y en a une.
    Courage !

  4. Je ne t’écris pas de longues tirades. Mais je te lis presque tous les jours.
    J’aurai pu écrire ceci et j’ajoute c’est bien choisi l’ief <3
    With love

  5. C’est tellement difficile.
    Nos enfants ont le même âge je crois.
    Mon fils m’échappe en ce moment, sa façon de me parler, ces excès de colère, ces cris, sa façon de tout jeter..
    Je perd pied en ce moment, je comprends son hypersensibilité, il l’a tiens de moi.
    Du coup, je prend tout fois mille. Moi, juste moi. Je deviens menaçante, à bout de souffle, à affronter son désir d’autonomie et sa peur de grandir, et d’accueillir aussi la personnalité de sa sœur (2ans,l’âge parfait haha).

    J’ai envie de lui hurler que moi aussi je suis blesser, fâcher, que moi aussi j’ai besoin d’être seule, de sentir qu’on m’aime.
    Alors je lui répond que oui je suis méchante, et que je refuse tout dialogue tant qu’il ne me parle pas correctement. Pcq un ‘t’ es debile’ ou ‘je m’en fou de toi’ supplémentaire m’emmenerai à un acte que je me refuse à faire tellement la pression monte en moi.

    Ici, je sombre, mais on y arrivera, avec un peu plus de blessures cette fois. On se relèvera, pcq on s’aime, on est juste tout les deux en période de trop plein.

    1. Ton témoignage fait écho en moi, car deux mois en arrière j’étais pas loin du fond… je me sentais totalement dépassée, je l’ai menacé, je criais (non je crois que je hurlais en fait) chaque soir… j’abritais une telle colère, et un tel désarroi en fait.
      Et puis je ne sais pas ce qui s’est passé en moi pendant nos vacances, mais un truc s’est libéré…
      Et je me sens plus sereine et donc c’est plus facile pour moi d’accueillir ses émotions dans ses moments de crise, ou d’entendre ses « toute façon je t’aime plus! »…

      Préserve toi. Ces moments difficiles passent, et on a droit de ne pas être à 100%. Parce qu’on est humaines avant tout et qu’on fait de notre mieux. Je t’envoie plein d’ondes positives <3 <3 <3

  6. Bonjour, je comprends tout à fait même si ma fille ne va pas jusqu’à taper, elle est aussi hypersensible, comme je l’ai été enfant. Quoi que peuvent penser les gens, fais comme tu le ressens pour ton enfant car moi je n’ai pas eu cette chance, mes parents ne comprenaient pas et été dans la punition plus que la compréhension et ça laisse des marques. Alors courage, un jour il pourra se contenir tout seul.

  7. C’est vrai très belle réaction pas évident de gérer des crises d’enfants qui ne savent pas s’exprimer comme nous adultes en mettant des mots sur ce qu’ils peuvent ressentir.

  8. Oui ma belle, c’est dur mais quelle belle réaction!!!
    Tu peux être fière de toi. Ma fille est également différente et je me souviens que la dernière fois que j’ai pratiqué la contention, elle devait avoir 4-5 ans.
    Tu as tout mon soutient…. et depuis le début d’hubwin… je me souviens d’avoir parlé de BABI avec toi et même si l’on ne discute pas beaucoup via les messageries, sache que je ne te laisserais pas tomber.
    Bisous

    Je vais mettre ce texte ici pour ceux et celles qui n’aurais pas compris ton geste. (je ne sais plus de qui est ce texte mais il m’a été très utile pour mes enfants)

    il existe bel et bien une solution. un enfant qui commence à se faire mal ne s’autorise pas à exprimer ses sentiments négatifs de frustration, colère, déception, énervement, fatigue, jalousie, etc par des pleurs, pour diverses raisons: les pleurs peuvent être mal perçus ou interdits par les parents, ou le bébé juge ses parents trop fragiles pour les supporter et veut les préserver, ou on lui a fait honte sur le sujet, ou il a été ignoré lorsqu’il pleurait, ou puni, ou frappé…

    il est important lorsqu’un petit commence à se frapper de quelque façon que ce soit d’aller le voir, de le prendre dans ses bras, de le contenir tout entier en l’empêchant de s’en aller même s’il se débat, et de lui dire qu’à présent il a le droit de pleurer jusqu’à ce qu’il se sente bien, que vous comprenez qu’il se sent énervé, fâché etc etc… (nommer son problème est important dans cette démarche), qu’il a le droit de l’exprimer, et qu’il va pouvoir le faire dans la sécurité de vos bras. puis laissez-le crier, puis pleurer, en l’accompagnant et surtout en ne le laissant pas quitter vos bras.

    s’il essaie de vous frapper à votre tour, gardez votre calme et maintenez-le toujours avec la même douceur et la même fermeté. et laissez-le aller à ses émotions jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il soit complètement détendu dans vos bras.

    cette solution prend du temps au tout début, mais très rapidement le bébé qui en a l’habitude se calme de plus en plus rapidement, voire se dirige vers ses parents dès qu’il se sent débordé par ses émotions (souvenez-vous qu’il n’a pas encore la capacité de réguler ses émotions ou de les canaliser, il subit de véritables tempêtes émotionnelles qui le laissent très effrayé parce qu’il s’y perd et ne sait plus comment s’en sortir seul).

    les pédiatres qui vous suggèrent d’enfermer vos bouts de chou sont ignorants de toute psychologie de base de l’enfant.

    1. Merci Hélène pour le partage de ce texte ! Tout cela me semble bien dur à gérer et en même temps l’article met du baume au coeur à la lecture parce qu’on ressent surtout de l’amour !

    2. Ce texte m’aurait fait un bien fou il y a 10 ans, trouver des astuces pour la gérer … Heureuse maman – même si c’est parfois un peu compliqué – de quatre enfants : jeune homme de 15 ans 1/2, jeune fille de 13 ans et jumeaux garçons de 28 mois. C’est ma fille qui est pleine de différences pas toujours simples à gérer. Vos mots résonnent en moi et me touchent, que ça soit l’article ou le texte d’Hélène. J’espère que vous trouverez des solutions, vous me paraissez en tous cas pleine de ressources.

A vous !

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