“L’école c’est bon pour les enfants !”

L’argument suprême de notre Ministre de l’Education qui ne veut point entendre l’importance de la nuance. Oui, l’école est bonne pour CERTAINS enfants, elle l’est moins pour d’autres. Monsieur le Ministre est-il à ce point sourd à la souffrance de certains élèves, qui parfois préfèrent mourir à cause de l’école ? Monsieur le Ministre est-il aveugle ? Ne voit-il pas la violence normalisée présente dans les écoles ? Ne voit-il pas les différences flagrantes entre les établissements ? Entre ceux qui ont davantage de moyens et ceux qu’on laisse un peu à la traîne… Ne comprend t-il pas que les conditions actuelles d’enseignement et d’accueil des élèves ne sont pas optimales ? Et la souffrance des enseignants ?…

Visiblement non. Donc il préfère nous sanctionner, nous, parents instructeurs. Parce qu’on n’a pas fait le choix de l’école de la République.

Mais s’il s’arrêtait à rabâcher cette phrase… On s’y ferait. Cependant, il ne s’arrête pas là. Il nous humilie, nous rabaisse et dépeint de nous une image abjecte. J’ai regardé une partie des débats à l’Assemblée Nationale, concernant l’article 21 du projet de loi confortant les principes républicains. Cet article 21 est relatif à l’instruction en famille. J’ai été déçue. Tellement déçue de constater le simulacre de démocratie qui nous a été livré. Et j’ai été en colère, je le suis encore ! Il s’est dit des inepties à notre propos. Et les champions dans cette catégorie, sont notre cher Ministre de l’Education et Madame la rapporteuse.

Retirer son enfant de l’école et de la société est une forme de séparatisme.

(Anne Brugnera, Madame la rapporteuse)

Voilà comment tout est confondu, comment on sous-entend que parce que nous ne choisissons pas l’école, nous coupons forcément nos enfants de la société. Ce qui est tellement faux. Bien entendu, il existe des dérives, mais largement minoritaires, et le travail de l’Etat, par les contrôles auxquels nous sommes soumis, c’est justement de vérifier cela. Parce qu’ils ne sont pas capables de faire leur job correctement, ils préfèrent sanctionner tout le monde. Pour les abus de quelques uns, on prône la punition collective. C’est fabuleux.

“Les enfants sont livrés à leurs parents.”

Jolie phrase de M. Blanquer et Mme Brugnera. Nous, parents, sommes donc à ce point mauvais pour nos enfants ? Depuis quand y a t-il une telle méfiance envers les parents ? C’est choquant non ?

Il y aurait encore tant et tant à dire… Mais à quoi bon ? Nous avons face à nous, un bulldozer, qui se cache derrière “l’intérêt supérieur de l’enfant” et pas mal de mensonges, pour faire passer une loi en réponse à leur incompétence. Ils essaient de nous amadouer, avec une multitude d’amendements, qui en réalité, ne changent rien au caractère liberticide de cette loi. Pire ! Ils adoptent des amendements qui questionnent… qui renforcent encore leur intrusion au sein de nos familles. Ils souhaitent que nous fournissions un certificat suivi médical lors de l’entretien avec la mairie (entretien qui a lieu tous les 2 ans)… Nous devrions nous estimer heureux, l’amendement prévoyant que ce certificat doive être établi par un médecin scolaire a été rejeté… (et oui, vient un moment où on ne peut pas aller au-delà d’autres lois, notamment celle du libre choix du praticien). Est-ce un victoire ? Je ne le crois pas. Cependant, pour moi, ce n’est pas le pire. Le pire me paraît être cet amendement qui prévoit que pour sortir son enfant d’un établissement, dans l’urgence (harcèlement par exemple), il faudra l’accord du directeur de l’établissement…

« Lorsque, après concertation avec le directeur de l’établissement d’enseignement public ou privé dans lequel est inscrit un enfant, il est établi que l’intégrité physique ou morale de cet enfant est menacée, les personnes responsables de l’enfant peuvent lui donner l’instruction dans la famille après avoir sollicité l’autorisation mentionnée au premier alinéa, dans le délai restant à courir avant que cette autorisation ne leur soit accordée ou refusée. »

On sait très bien que cela apportera son lot de complications. Il y a déjà de nombreux signalement abusifs de la part de certains établissements scolaires lorsqu’une famille décide de changer de mode d’instruction… Certains établissements entravent déjà beaucoup le passage à l’IEF, alors même que, pour l’instant, c’est toujours un droit soumis au régime déclaratif (et non à autorisation… ça c’est ce qui nous attend). Cet amendement est dangereux pour TOUTES les familles.

Les remarques que nous recevons régulièrement lorsque nous abordons ce combat que nous menons, tournent autour de ces familles qui finalement n’instruisent pas vraiment, sortent leur enfant du système pour de mauvaises raisons etc. La bonne nouvelle ? La loi est déjà prévue pour repérer les familles qui ne respecteraient pas leur devoir d’instruction ou se serviraient de ce système pour embrigader leurs enfants. En pratique ? Nous devons nous soumettre à un entretien avec la mairie tous les deux ans et un contrôle annuel avec les services de l’Education Nationale. Le premier entretien, avec la mairie, a pour but d’expliciter les raisons de notre choix. Le contrôle avec un inspecteur de l’Education Nationale vise à vérifier la réalité de l’instruction. S’il y a des manquements, des sanctions sont prévues par la loi. Et quant aux enfants invisibles… ils sont invisibles car non déclarés. Donc ils n’ont rien à voir avec l’IEF. C’est une autre problématique pour laquelle, visiblement ils ne voient pas d’autre solution que sanctionner ceux qui font cela en respectant le cadre législatif.

Des dérives il en existe dans tous les domaines. Et c’est le rôle de la loi et de ceux qui la font appliquer de lutter contre. S’ils le font mal… et bien c’est LEUR faute. A eux, de mettre les moyens humains et financiers nécessaires. Malheureusement… on sait tous que l’Education, on en parle avec des grands mots, mais on ne lui donne pas grand chose.

Selon moi, cette loi ne fera qu’accentuer les problèmes. Des familles supplémentaires vont devenir invisibles, pour conserver leur liberté d’instruire. C’est certain et je ne leur jetterais pas la pierre.

Pour d’autres familles, la solution sera l’exil, quitter ce pays qui ne leur ressemble plus. Très franchement, j’y ai fortement pensé aussi.

Ce qui est certains c’est que des familles et des enfants vont souffrir de tout cela, c’est déjà le cas. Nous vivons à demi depuis le mois d’octobre, redoutant cette épée au-dessus de nos têtes. Ils essaient de nous brosser dans le sens du poil, mais nous ne sommes pas dupes. Ils font en sorte de faire converger l’opinion publique en leur sens, et les médias les y aident bien. Nous allons continuer à parler de nous, à dénoncer LEURS abus, à rencontrer nos élus… à faire du bruit.

Nous ne défendons pas uniquement notre petit bout de gras. Nous pensons à TOUS les enfants et à TOUTES les familles. Pour que nous puissions TOUS conserver ce droit. Par choix, pour des raisons variées, ou par filet de sécurité, au cas où. Un droit qui doit garantir notre libre choix, et non imposer une autorisation pour pouvoir le choisir. Voilà ce pour quoi nous luttons, malgré l’indifférence et l’insignifiance qui nous entourent.

Je suis encore en colère et ces mots sortent de cette rage. Mais il fallait les poser. J’en ai marre. Je suis fatiguée de cette mascarade. Je ne veux pas être décrite comme une criminelle en puissance qui coupe ses enfants du monde. Je ne l’accepte plus. J’en ai assez qu’on nous décrédibilise sans cesse. Ce n’est pas juste, ce n’est pas acceptable ! Alors s’il faut crier pour être visible, je le ferais avec mes mots.

La loi n’est pas encore adoptée, et si l’espoir est mince, le combat n’est pas terminé.

Maud
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